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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Forçat du rire et rire forcé
Nouveau spectacle créé en mars 2008 et présenté au Théâtre du Chien-qui-Fume durant le Off cet été, « les Douze Pianos d’Hercule » est interprété par un Jean-Paul Farré bien dans son costume de maestro cabotin en queue-de-pie. Faire rire en musique relève manifestement du tour de force…
Allier le théâtre, la musique et l’humour, telle est l’intention du spectacle pour un petit pianiste maladroit aux cheveux longs et un piano à queue bien pratique. On le croyait
boîte à musique, le voilà boîte à outils. Il suffit de soulever le couvercle pour y trouver une quincaillerie très complète : marteau, vis, clé à molette, casseroles et poêles de
camping, etc. C’est le début du spectacle et aussi l’occasion de quelques jeux de mots plus ou moins heureux : « oh ! mais voici un mètre… de musique », « et là,
un marteau… dans le piano »… Le comique de mots, c’est fait. Pour le comique de gestes, un bonne glissade sur la queue du piano, une ou deux courses de dératé autour de l’engin. Pour celui
de situation, des tabourets truqués qui s’effondrent sous son poids ou un piano qui refuse de s’ouvrir. Comique de répétition aussi, d’accent et d’autres encore, sans doute. Pas un ne manque à
l’appel…
Malgré la vigueur – euphémisme pour frénésie – d’un Jean-Paul Farré toujours aussi généreux et sympathique, cabotin bondissant, trublion mélomane avec un « petit piano dans la tête », le spectacle peine à déclencher l’hilarité tant la copie semble appliquée et méthodique. L’enchaînement des séquences (le pastiche de l’« Opus premier et dernier » dit Dernier Noël en famille… d’accueil de Frédéric Pincho, la Traversée du clavier d’est en ouest par la musique pentatonique chinoise ou la première audition de Giboulée II) est en outre malaisé et la transition manque sérieusement de fluidité. Malgré quelques moments bien pensés comme cette histoire farfelue brodée sur un morceau de musique, le one-man-show peine à rebondir (les balles de ping-pong jetées sur les cordes n’y font rien) d’un « gag » à l’autre.
Un moment divertissant, donc, sauvé par la présence de Jean-Paul Farré, mais bien trop appliqué. Pas un exercice n’est oublié dans ce travail de forçat du rire. Se méfier : de « forçat du rire » à « rire forcé », il n’y qu’un son. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Les Douze Pianos d’Hercule, de et par Jean-Paul Farré
Compagnie des Claviers • 41, rue de Maubeuge • 75009 Paris
Mise en scène : Jean-Claude Cotillard
Lumière : Ghislaine Lenoir
Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 25 87
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 12 h 30
Durée : 1 h 15
16 € | 11 €
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