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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 22:03

Forçat du rire et rire forcé


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Nouveau spectacle créé en mars 2008 et présenté au Théâtre du Chien-qui-Fume durant le Off cet été, « les Douze Pianos d’Hercule » est interprété par un Jean-Paul Farré bien dans son costume de maestro cabotin en queue-de-pie. Faire rire en musique relève manifestement du tour de force…

Allier le théâtre, la musique et l’humour, telle est l’intention du spectacle pour un petit pianiste maladroit aux cheveux longs et un piano à queue bien pratique. On le croyait boîte à musique, le voilà boîte à outils. Il suffit de soulever le couvercle pour y trouver une quincaillerie très complète : marteau, vis, clé à molette, casseroles et poêles de camping, etc. C’est le début du spectacle et aussi l’occasion de quelques jeux de mots plus ou moins heureux : « oh ! mais voici un mètre… de musique », « et là, un marteau… dans le piano »… Le comique de mots, c’est fait. Pour le comique de gestes, un bonne glissade sur la queue du piano, une ou deux courses de dératé autour de l’engin. Pour celui de situation, des tabourets truqués qui s’effondrent sous son poids ou un piano qui refuse de s’ouvrir. Comique de répétition aussi, d’accent et d’autres encore, sans doute. Pas un ne manque à l’appel…

Malgré la vigueur – euphémisme pour frénésie – d’un Jean-Paul Farré toujours aussi généreux et sympathique, cabotin bondissant, trublion mélomane avec un « petit piano dans la tête », le spectacle peine à déclencher l’hilarité tant la copie semble appliquée et méthodique. L’enchaînement des séquences (le pastiche de l’« Opus premier et dernier » dit Dernier Noël en famille… d’accueil de Frédéric Pincho, la Traversée du clavier d’est en ouest par la musique pentatonique chinoise ou la première audition de Giboulée II) est en outre malaisé et la transition manque sérieusement de fluidité. Malgré quelques moments bien pensés comme cette histoire farfelue brodée sur un morceau de musique, le one-man-show peine à rebondir (les balles de ping-pong jetées sur les cordes n’y font rien) d’un « gag » à l’autre.

Un moment divertissant, donc, sauvé par la présence de Jean-Paul Farré, mais bien trop appliqué. Pas un exercice n’est oublié dans ce travail de forçat du rire. Se méfier : de « forçat du rire » à « rire forcé », il n’y qu’un son. 

Cédric Enjalbert


Les Douze Pianos d’Hercule, de et par Jean-Paul Farré

Compagnie des Claviers • 41, rue de Maubeuge • 75009 Paris

Mise en scène : Jean-Claude Cotillard

Lumière : Ghislaine Lenoir

Théâtre du Chien-qui-Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 25 87

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 12 h 30

Durée : 1 h 15

16 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Philippe Caron 18/08/2008 12:23

Au contraire j'ai trouvé ce spectacle excellent, bien au-dessus de tous les autres spectacles "comico-musicaux" de ce festival. Car il y a ce petit plus, cette façon de faire entrer les spectateurs à l'intérieur du langage musical. Personne d'autre que lui ne s'y risque. On en sort plus savant (car même de façon comique il nous apprend des choses ou nous rend sensibles à des éléments musicaux réservés aux musiciens) et réjouis. Les spectateurs en sortaient tous enchantés.

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