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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 21:10

Magistral


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


« Lames sœurs » se joue le matin, sur l’île Piot et sous un chapiteau. On pourrait facilement penser que c’est trop loin, trop tôt et trop chaud. Cependant, il serait dommage de rater ce spectacle pour ces considérations matérielles : on risquerait de passer à côté d’une petite merveille.

Premier spectacle de la Compagnie d’Elles, Lames sœurs est « une pièce de cirque pour adultes ». C’est l’histoire connue des sœurs Papin, deux bonnes qui assassinèrent leur patronne, dans les années 1930.

Dans ce spectacle, il y a du désir de revanche, de vengeance, mais surtout du désir tout court. Les quatre comédiennes incarnent parfaitement la folie. Louise, la sœur possédée, est jouée par des comédiennes jumelles, matérialisant ainsi le dédoublement de personnalité. Léa est, quant à elle, représentée dans deux espaces temporels : celui du drame et celui de la remémoration, des dizaines d’années plus tard. Cet aspect diffracté permet d’incessants allers et retours entre instantanéité et violence du souvenir, montrant à quel point la folie meurtrière des sœurs fait écho à la mesquinerie des employeurs

L’une des comédiennes est circassienne et elle utilise ses talents de funambule avec pertinence. Avançant hésitante sur des fils qui entourent l’espace de jeu, pouvant basculer à tout moment, elle développe un jeu d’équilibriste symbolique et introspectif. Progression à la sensualité morbide, aussi déstabilisante qu’évocatrice, aussi tranchante que la lame d’un couteau…

L’écriture révèle le sordide du quotidien. Des phrases comme « Les restes, c’est pour les chiens », ou encore « Vous pensez, Louise ? Mais je ne vous en demande pas tant ! », évoquent avec pertinence la condition d’humiliation, de douleur sourde, à laquelle les deux jeunes femmes étaient réduites. L’auteur a d’ailleurs reçu pour ce texte la bourse Beaumarchais 2007.

Ce rêve éveillé est ponctué d’instants narratifs constitués par le témoignage de Léa âgée. Une musique lancinante et onirique complète cette atmosphère malsaine, qui est aussi la trame d’un amour incestueux. Amour fou et très subtilement évoqué par des chorégraphies, des confrontations physiques entre les bonnes. Drapées dans de longues robes noires au tissu épais, les deux sœurs sont emprisonnées dans un carcan de tissu, leurs désirs y sont exacerbés à force d’être étouffés. Tantôt regard famélique, tantôt pantins fragiles et désarticulés, elles sont effrayantes et moribondes.

Cette ambiguïté, cette sensualité interdite faite d’humiliation et de domination, cet érotisme latent, sont les derniers éléments nécessaires à faire de cette pièce un moment fascinant. 

Aurore Krol


Lames sœurs, de Yaëlle Antoine

Compagnie d’Elles • 23, rue Bénézet • 31300 Toulouse

09 50 25 52 94

compagniedelles@free.fr

http://compagniedelles.free.fr

Mise en scène : Paola Rizza

Avec : Sofia Antoine, Yaëlle Antoine, Elsa Bozier, Élodie Poencet-Rousseau

Création lumière : Jérôme Guilloux

Création sonore : Ivan Roussel

Conception scénographique : Serge Calvié

Costumes : Élodie Sellier et Alexandra Chatain

Aides et regards complices : Dalida Goncalves, Caroline Marc, Guillaume Leblond, Romain Decosse, Alex Marcati, Grégoire Puren, Sylvie Simon, Julie Trouverie, Tan Noé, Laurent Artufel, M. et Mme Ferlita

Conseil à la scénographie : Pascale Lecoq

Le texte a reçu la bourse Beaumarchais 2007

Espace Vincent-de-Paul - île Piot • chemin de l’île-Piot • 84000 Avignon

Réservation : 04 90 85 08 68

www.circuits-circa.com

Du 10 au 30 juillet 2008, relâche les 17 et 24 juillet

Durée : 1 h 10

12 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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