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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Tableau noir
Peinture, qui, en même temps qu’elle évoque la vanité, tente de s’y soustraire, la nature morte fixe la beauté des choses et leur morbidité. La « Nature morte dans le fossé » est celle d’une jeune fille de bonne famille rattrapée par son époque. Sous le glacis des apparences, le collectif DRAO donne à voir la violence cachée de notre société.
C’est déjà un cliché que d’évoquer le talent précoce et l’engagement politique de Fausto Paravidino. L’auteur italien, qui a tout juste 32 ans, est passé par l’écriture
scénaristique pour le cinéma et la télévision. Il connaît désormais la reconnaissance internationale pour son œuvre dramatique et propose à chaque nouvel opus un renouvellement radical de ses
choix d’écriture. Nature morte dans un fossé, très originale pièce créée en 2002, s’inscrit dans la veine du polar rarement transfusée au théâtre.
Une forme de malice conduit certainement Paravidino à proposer des textes qui posent problème à la représentation. Boy, professionnel de la cocaïne, sort de boîte de nuit et fonce tout droit dans le fossé. Y gît Elisa Orlando, jeune fille de bonne famille, fraîchement assassinée. « La victime est morte… suite aux coups et blessures » diagnostique la police. L’enquête menée tambour battant trouvera son coupable où l’on ne l’y attend pas. Du roman noir, donc, on retrouve la trame, le rythme saccadé, un univers interlope et violent, des flics qui ressemblent aux voyous, etc. Les tirades s’enchaînent rapidement, où chaque personnage relate les évènements qui lui font perdre pied. L’enquête agit en effet comme un véritable révélateur dans la tradition d’un théâtre qui fait tomber les masques.
Si le théâtre est petit à petit devenu l’art de l’action représentée, le jeune auteur italien privilégie la narration dans cette pièce. Espièglerie qui tient du contre-pied quand le registre policier impose courses-poursuites, bastons, scènes de rue et interrogatoires musclés. Hommage au genre oblige, le tout est conduit dans une langue quotidienne, sans détours, toujours punchy et parfois trash. Comme un enfant qui se plaît à mimer des batailles imaginaires, il faudra donc à la fois raconter et jouer. Les comédiens s’y emploient avec une énergie débordante et parviennent par épisodes à convaincre que la mise en scène a trouvé des réponses aux questions que le texte a posées.
Entre une intention réaliste, visant à dénoncer la corruption ou l’errance de notre société, et la jubilation burlesque des clins d’œil aux polars, films ou séries télé, l’équilibre est difficile à trouver. La création du collectif DRAO laisse pencher la balance du premier côté. Décor sombre, corps meurtri, pathos engagé prennent le pas sur des chorégraphies à la Tarantino et l’outrance des caractères. La violence est davantage exhibée que moquée. Le parti pris entre mimésis et stylisation n’est pas toujours facile à cerner.
On aurait souhaité un peu plus d’humour, de ruptures et d’inventivité scénique, qui laissent respirer. D’irréprochables comédiens interprètent les vingt-cinq personnages avec une remarquable fluidité. La pluralité des lieux dans la fiction et la schizophrénie des personnages narrateurs-acteurs donnent un spectacle homogène, maîtrisé de bout en bout, qui résout efficacement les défis proposés par le diabolique Fausto. L’aspect ludique de sa proposition formelle en pâtit un peu. ¶
Éric Demey
Les Trois Coups
Nature morte dans un fossé, de Fausto Paravidino
Traduction : Pietro Pizzuti
Mise en scène et interprétation : collectif DRAO
Contact compagnie : Emmanuel Magis • 06 63 40 64 68
Avec : Stéphane Facco, Thomas Matalou, Benoît Mochot, Gilles Nicolas, Sandy Ouvrier, Maïa Sandoz, Fatime Soualhia-Manet
Scénographie et costumes : Catherine Cosme
Lumières : Anne Vaglio
Son : Xavier Jacquot
Maquillages : Solweig Martz
Travail du mouvement : Gilles Nicolas
Régie lumière : Marie Boéthas
Le Petit Louvre, chapelle des Templiers • 3, rue Félix-Gras • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 04 24
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 20 h 35, relâche les 21 et 28 juillet
Durée : 1 h 30
15 € | 10 €
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