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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 15:58

Merci, l’artiste


Par Alexandra Cartet

Les Trois Coups.com


Franchissez le portail de la cour aménagée du théâtre L’Art en scène. L’endroit est quasiment fait de bric et de broc. Vous y découvrirez Michel sur une scène de deux mètres carrés. « Ça mange pas d’pain » est un petit spectacle entre trois murs. Et même si, de prime abord, ça paie pas d’mine, j’en suis sortie émue aux larmes.

Il n’y a pas que des théâtres à Avignon, il y a aussi des cours, des jardins, des places… Pour le Off, ces lieux fourmillent d’acteurs, de chanteurs et de théâtre. En spectatrice lambda, je m’attendais à entrer dans « une salle de théâtre » pour aller voir Ça mange pas d’pain. J’ai été très surprise de me retrouver dans une cour aménagée pour l’évènement.

Souvent un peu égarée parmi tous les spectacles qui se jouent lors du Off, je perds la vraie valeur de cet art qu’on vous balance par tracts à longueur de journée. Et, bizarrement, assise sur ma chaise peu confortable, j’ai retrouvé ma vraie place dans ce Off. Spectatrice avant tout, j’ai eu l’impression de redécouvrir l’essence première de cet évènement estival : faire du théâtre à tout prix et dans n’importe quelles conditions.

Michel, la quarantaine, surgit sur scène avec sa petite valise. Son personnage naïf et maladroit transparaît d’abord dans son costume. Un pantalon trop petit ceinturé au milieu du ventre et une veste à carreaux étriquée rendent le comédien attachant d’emblée. Dans un premier temps, je me suis dit que c’était trop. Finalement, je me suis laissé charmer par cet homme, qui réunit tous ses savoir-faire pour construire un spectacle qui tient la route. Michel joue du fait qu’un accessoire lui manque (son diabolo) pour meubler ses quarante-cinq minutes de spectacle. Ainsi, des tours de magie connus de tous ou encore quelques instants de mime parsèment ce spectacle qui semble fait de bouts de ficelle.

La simplicité liée à la nécessité artistique de ce comédien a soulevé quelque chose de fort en moi. Ce modeste spectacle n’ameute pas grand-monde : il fait partie de ces petits bijoux cachés dans les méandres d’Avignon. Dans cette ville, c’est la jungle pendant trois semaines. En tout cas, Ça mange pas d’pain m’a vraiment fait ressentir les enjeux du théâtre aujourd’hui. Il doit vivre à tout prix et se pérenniser. Ce spectacle est l’illustration de ces valeurs, mais sort des sentiers battus. Sa force de frappe repose essentiellement sur son contenu et pas sur le bruit qu’on en fait autour. Michel nous emmène dans un tourbillon de légèreté et de naïveté pendant quarante-cinq minutes. Ses blagues et ses tours font l’effet d’une brise d’été ou encore d’une plume qui viendrait nous chatouiller l’oreille. L’impression que nous laissent ses pitreries est fugace : il suffit de la saisir pour comprendre que c’est peut-être ça le théâtre. À savoir : nous embarquer simplement quelque part, nous lâcher à l’acmé de nos sensations pour que le spectacle vive encore dans notre tête, une fois la porte du théâtre refermée. 

Alexandra Cartet


Ça mange pas d’pain, de Sébastien Osmont

Compagnie Marche ou rêve • 18 bis, boulevard Riquet • Toulouse

05 34 41 66 61| 06 61 17 15 56

marchoureve@free.fr

Mise en scène : Michel

Avec : Michel

Art en scène Théâtre • rue du Rateau • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 47 38

Du 9 juillet au 2 août 2008 à 19 heures, relâche les 17, 24 et 31 juillet

Durée : 45 minutes

10 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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