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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La bonne blague !
Ce n’est pas un concert. Ce n’est pas non plus une pièce chorégraphique. C’est l’ovni tant attendu du Festival d’Avignon. Le célèbre chanteur « hype », Philippe Katerine, suite à son album « Robots après tout », crée l’évènement, en faisant appel à la chorégraphe en vogue, Mathilde Monnier, avec « 2008 Vallée ». Un spectacle d’un genre nouveau, insufflé par une belle prise de liberté, étouffé par un manque de créativité.
Le désir du chanteur de mettre en scène les histoires loufoques qu’il nous raconte dans Robots après tout trouve satisfaction grâce à Mathilde Monnier et ses six danseurs-chanteurs. Chacun expérimente ainsi le territoire de l’autre sur le tapis de sol jaune qui recouvre le plateau. Les corps et les voix se chevauchent, se soutiennent et se superposent indépendamment les unes et des autres, mais toujours en relation. La musique est au centre de la création. C’est elle qui amène peu à peu les danseurs à graviter autour du chanteur et à pénétrer son univers. La chorégraphe double sa présence sans jamais le quitter des yeux. Elle suit ses élans de danseur tout comme ses hésitations. Elle est l’ombre ou l’alter ego du chanteur « trop VIP ».
Tous les interprètes n’ont pas hésité à réaliser le voyage initiatique dans l’univers de l’artiste atypique, libre comme l’air et sincèrement utopiste, qu’il ne faut assurément pas perdre de vue. Il travaille à partir des atmosphères particulières qu’il traverse dans son quotidien. La joie, la paranoïa, l’hypocondrie sont autant de ressentis qu’il nous fait partager avec générosité, distance et humour.
La vallée devient cette rêverie, pensée comme une science-fiction proche et lointaine à partir d’évènements concrets. Le rythme du son s’unit à l’arythmie de la danse. C’est le reflet d’une belle aventure collective pour interroger la forme que peut prendre un spectacle quand on cherche à dépasser les frontières du convenu. On rit largement de les voir s’amuser sans complexes au cœur de l’univers panique et ludique du chanteur. Mais on dit souvent que les meilleures blagues sont souvent les plus courtes…
Les cheveux sont à l’honneur : chorégraphie de cheveux, discussion autour d’une coupe de cheveux… Absolument absurde ! La récréation est sympathique, mais on s’attendait à plus de surprises et davantage de recherche chorégraphique autour du maître de la chanson « surréaliste ». L’énumération d’objets et de situations, peuplées des obsessions de l’artiste et d’êtres aussi étranges que familiers, finit par ennuyer.
La complicité muette de Philippe Katerine et de Mathilde Monnier constitue le lien du spectacle. La richesse de la proposition révèle cependant une ambition faiblement affirmée, un peu paresseuse oserais-je dire. Dommage. Ils se sont promis d’inscrire ce spectacle dans l’année 2008. Pas au-delà. Pourtant, le projet audacieux de ce spectacle mériterait une exploration plus vaste pour satisfaire notre curiosité envers cet autre qui nous ressemble. ¶
Audrey Chazelle
Les Trois Coups
2008 Vallée, de et avec Philippe Katerine et Mathilde Monnier
Avec : Julia Cima, Julien Gallée-Ferré, I Fang-lin, Éric Martin, Maud Le Pladec
Musique : Philippe Katerine
Assistant à la chorégraphie : Herman Diephius
Scénographie : Annie Tolleter
Lumières : Éric Wurtz
Son : Olivier Renouf
Costumes : Dominique Fabrègue
Cour d’Honneur du palais des Papes • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 14 14
Du 24 au 26 juillet 2008 à 22 heures
Durée : 1 h 5
36 € | 30 € | 25 € | 13 €
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