Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 20:11

Que reste-t-il de leurs amours ?


Par Claire Néel

Les Trois Coups.com


La compagnie L’Échauguette et le metteur en scène Régis Mardon organisent les retrouvailles de deux amants au Théâtre du Bourg-Neuf, lieu de découvertes croustillantes ou coriaces, selon l’envie du spectateur. C’est le chant de « la Musica deuxième », de Marguerite Duras, que nous suivons ici, en pas de deux, au rythme des silences, sur le tempo de deux cœurs amputés toujours brûlants d’amour.

L’écrivain porte au théâtre la Musica, film né vingt ans auparavant, et nous impose immédiatement une ambiance, une fièvre, nous laisse deviner l’ancienne intimité d’un couple qui s’est déchiré. C’est dans un hôtel encore hanté d’eux que tout se dit entre les lignes ; ils funambulent, subtilement et fermement, guidés par leur créatrice, sur le fil ultra-tendu de leur histoire. Sans point final malgré un divorce prononcé l’après-midi même.

Anne-Marie Roche et Michel Nollet ont vécu ensemble leur première passion amoureuse. Un véritable amour ne meurt jamais, une passion demeure vive, et les premières fois subsistent comme un fondement, une étoile du berger ou une maladie au long cours. Dès qu’ils sont de nouveau en présence l’un de l’autre, on sent tout cela. C’est leur dernière nuit, ils sont séparés depuis presque quatre ans, ils ont tant à se dire, tellement à comprendre, des pourquoi, des comment et des si, des reproches et des aveux que l’autre ne pouvait pas entendre alors, ils pourraient parler des jours et des nuits, mais c’est fini (?). Ils ont chacun « confié » leur amour à un autre « pour ne pas oublier », « c’est curieux, un autre ». On voit le désir dans leurs nuques, ils se reconnaissent et, là, se révèle « le scandale de ne plus aimer ».

Régis Mardon met en lumière les non-dits et les regards, il signe une mise en scène sobre, à la fois classique et personnelle, mettant en avant les labyrinthes des personnages sans fioritures inutiles. Avec l’œil précis de la vidéaste Mathilde Morières, il se sert de trois écrans, qui sont au départ des tableaux ornant les murs de l’hôtel, et qui se transforment en mémoire d’Elle, de Lui, et d’Eux. Par images, nous pénétrons les sensations des protagonistes et pouvons saisir les failles et les douceurs qui ne cessent de les agiter. Par jeux de lumière, tamisée et irrégulière, nous imaginons les dessins du souffle des comédiens quand ils se taisent et nous pouvons écrire le lien qui les tient au-delà de ce qui se voit.

Cette mise en scène épurée ne suffirait pas à rendre lisible la puissance de la pièce sans une interprétation exigeante et investie. Les deux comédiens réussissent à rendre évidente toute la vie de leur personnage, ils sont chargés de leur vécu commun et respectif. Elle, c’est Élodie Sörensen, une grande classe naturelle, une féminité incontestable dotée d’un regard aiguisé, une force sachant laisser échapper les troubles à la volée et se ressaisir, sachant mentir pour contenter et chercher avec ténacité les réponses qu’elle désire, finement. Elle a dû aimer se couvrir de la peau d’Anne-Marie, fièrement en équilibre entre un passé qui l’appelle encore et un futur plus… conforme. Quant à Lui, Didier Mérigou, visage doux et tourmenté-tourmentant, qui avoue avoir « aimé » sa partenaire ce soir-là, on palpe avant même de voir leur rencontre combien elle l’a secoué, combien il en est encore bousculé. Plus tard, il donne sans pudeur tout l’espoir intransigeant d’un homme qui voudrait recommencer, tout réécrire à l’infini, pour arrêter le scandale d’une vie sans amour. 

Claire Néel


La Musica deuxième, de Marguerite Duras

Compagnie L’Échauguette • 1, villa de la Gare • 92170 Vanves

01 42 88 01 87

echauguette@free.fr

www.theatre.echauguette.free.fr

Mise en scène : Régis Mardon

Vidéo art : Mathilde Morières

Avec : Élodie Sörensen et Didier Mérigou

Contact presse|production : Didier Mérigou | 06 60 90 97 96

Théâtre du Bourg-Neuf • 5 bis, rue du Bourg-Neuf • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 17 90

Du 11 juillet au 1er août 2008 à 20 h 45, jours impairs

Durée : 1 h 10

15 € | 11 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher