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2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 22:50

Le contemporain pour le contemporain

 

Je prends le risque d’aller voir « Chroniques des jours entiers, des nuits entières » au Off d’Avignon : l’écriture de Durringer, simple et vraie est souvent ambiguë à mettre en scène, comme bon nombre d’auteurs contemporains dont la plume est un reflet authentique de la vie. De notre vie. C’est peut-être cette proximité qui empêche certains metteurs en scène de se rendre à l’essentiel de ce genre d’écriture : la simplicité. Comme si les mots de l’auteur n’exprimaient pas assez… Malgré les beaux moyens déployés – scénographie très intéressante, comédiens confirmés – la pièce ne m’atteint pas, le fossé entre la scène et le public reste béant, je suis tenue à distance de ces âmes perdues.

 

Durringer nous livre, à travers ses Chroniques, des morceaux de vie, des voix individuelles angoissées, seules… Très seules. Des personnages que nous connaissons tous, que nous sommes tous, partagent l’espace de quelques minutes, parfois quelques secondes, la solitude mélancolique et ravageuse de notre siècle. Ici, pas de grandes thèses ou de débats fondamentaux. Simplement, des instants épars de vies banales, du brut parfois brutal, les petites déprimes, les embrouilles quotidiennes et l’éternelle quête. Nous sommes toujours seuls, des inconnus encore plus, même quand on est à deux.

 

Ces instantanés de vie apportent une matière de travail riche et dense. Il faut jongler avec ces textes, les lier, les délier, les mélanger. « C’est un matériau à jouer, des confrontations pour les acteurs, à se dire, à balancer contre le mur, sans fleurs ni fards, des histoires d’amour, de thune. Chaque texte apporte sa propre fin. On pourrait les mélanger comme un grand jeu de cartes » note l’auteur en préambule. Sylvie Fumex a bien perçu le message et a pris la liberté qu’offre Durringer de redistribuer ces bribes d’histoire entre les comédiens, de partager un texte féminin entre les deux sexes, de multiplier ou d’unir les voix. Et c’est avec subtilité et poésie qu’elle entreprend de recomposer cette mosaïque.

 

Mosaïque de l’existence soutenue par une belle esthétique et un remarquable travail sur l’occupation de l’espace. Des « grandes boîtes » de la taille d’une cabine téléphonique se juxtaposent le long du spectacle. Tantôt appartements, tantôt bureaux, les décors de George Mabilon prennent vie par un jeu de lumière ingénieux pour exprimer toute la tristesse de ces gens qui nous entourent, mais que nous ne connaîtrons jamais. Le matin, chacun s’affaire mécaniquement à sa toilette et boit son café, confiné entre les quatre murs de son « bloc », sans réaliser que de l’autre côté de chaque mur un autre fait de même. Cet esclavage, ou plutôt cette inconscience sociale se reflète parfaitement dans le jeu des acteurs. Les déplacement sont précis et géométriques, la démarche est robotique, certains personnages agissent tels des pantins guidés par l’automatisme. Le message de la pièce nous parvient clairement par ce parti pris tranché et assumé.

 

Seulement « c’est pas normal d’avoir tant de choses à dire et de tout garder pour soi ». On s’attend à ce que ce mal d’être explose sous nos yeux comme une vérité effroyable, et, pourtant, ça n’explose pas. C’est une représentation de la vie qui manque malheureusement de vie, de légèreté : on nous montre de la détresse à travers de la détresse. Ces bribes parlent déjà de souffrance malgré l’aspect banal et quotidien de cette souffrance. Ajouter à cela un jeu lourd, trop de mécanismes, dénature le texte, crée une redondance. Par-dessus tout, le public est tenu à distance et ne s’identifie pas à ces personnages qui ne demandent que ça. Le spectateur est gêné au lieu d’être en empathie et ne peut accéder à l’intimité qu’on lui dévoile. Quelques scènes sont imprégnées de sincérité et de simplicité et, là, tout à coup, elles surgissent du lot, pleines de naturel. Ce naturel qui fait défaut à de nombreux moments, ce naturel qu’on regrette et qui fait toute la différence entre un théâtre contemporain qui se veut contemporain, donc « intelligent », et un théâtre contemporain qui se veut proche de la vérité pour toucher au mieux l’âme des spectateurs. 

 

Aïda Asgharzadeh

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Chroniques des jours entiers, des nuits entières, de Xavier Durringer

Compagnie Théâtre terrain vague • P.A.G.A., avenue du Général-de-Gaulle • 47300 Villeneuve-sur-Lot

05 53 01 76 65

contact@theatreterrainvague.org

www.theatreterrainvague.org

Mise en scène : Sylvie Fumex

Avec : Gérard Bruguière, Emmanuel Droin, Anne-Marie Frias, Katie Geins, Laurent Terrière

Création musique : Joël Martin

Création lumière et décors : George Mabilon

Régie : Julien Simon

Communication : Philippe Venturino

Collège de La Salle • 1, place Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 88 00 56

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 14 h 15

Durée : 1 h 30

14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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