Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 août 2008 6 02 /08 /août /2008 13:15

Quand le blasphème tourne
au lapsus


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


On s’écrase à l’entrée du Petit Louvre (salle Van-Gogh) pour assister à l’évènement : « Product », de Mark Ravenhill, mis en scène par Sylvain Creuzevault. Créée en janvier dernier à Paris (dans une boîte de nuit : La Java), la pièce est une logorrhée d’une heure. Celle d’un producteur de cinéma, comme il se doit cynique et vulgaire, racontant un scénario nul à une star, soi-disant pour la convaincre d’y jouer le premier rôle. En fait un écran de fumée, qui cache mal une incroyable panne d’inspiration. On doit reconnaître cependant que le personnage (et plus encore son interprète !) enfonce des portes ouvertes avec une belle énergie.

Olivia est « bankable ». C’est ainsi qu’on nomme dans le jargon ces comédiens qui ont un nom sur lequel les producteurs peuvent miser pour monter un film. James a tout, au contraire, du producteur aux abois, qui essaie de se refaire avec un projet fumeux qu’il pense « imparable ». Son scénariste y a mis en vrac tous les ingrédients supposés faire un gros succès. L’actrice sera « obligée d’adorer » ! Une histoire abracadabrante, qui conterait les amours hautement improbables entre une femme cadre supérieur et un « grand basané » terroriste.

Le rôle d’Olivia est confié à Muranyi Kovacs, qui ne dit pas un mot, celui de James à Christian Benedetti, qui se met en quatre – que dis-je, en quatre mille (volts) ! – pour tenter de faire exister cette longue scène cruellement dénuée d’intérêt dramatique. De la dame, on ne saura rien, du monsieur, pas grand-chose non plus. C’est un beauf raciste et cupide, qui peut bien crever.

On a très vite compris qu’Olivia ne marcherait pas dans la pitoyable combine. Du coup, on se met à lui ressembler de plus en plus. Sur nous aussi, tout ça glisse. On regarde donc, fasciné, autant l’acteur que le producteur meubler le silence du texte : un florilège de poncifs. Dénoncés bien sûr ! Ravenhill est plus malin que ça.

Christian Benedetti restant un extraordinaire comédien, sa prestation tient en haleine (et du prodige). Au propre comme au figuré, c’est un strip-tease de l’entertainment et plus encore de l’ambition. L’auteur, le personnage et l’interprète y tournent en rond, balançant des coups de pieds rageurs dans tous les sens, chaque fois dans le vide. Quand le blasphème tourne au lapsus. Pour ceux donc qui, comme eux, adoreraient en réalité écrire ou jouer un rôle pour cet enfoiré de cinéma ! Comme moi. Voilà pourquoi cette salle est bourrée à craquer. 

Olivier Pansieri


Product, de Mark Ravenhill

Théâtre-Studio d’Alfortville

ji@theatre-studio.com

Mise en scène : Sylvain Creuzevault

Texte français : Séverine Magois

Assistant à la mise en scène : Lionel Gonzàlez

Avec : Muranyi Kovacs, Christian Benedetti

Lumières : Dominique Fortin

Le Petit Louvre • 23, rue Saint-Agricol • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 04 24

Du 10 juillet au 2 août 2008, à 12 h 15

Durée : 1 heure

15 € | 10 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher