Des adieux comme au théâtre
Cinquante-cinq minutes pour nous dire au revoir, tel est le pari de François Joxe. Le poète et dramaturge, peintre à ses heures, nous adresse ses « avant-dernières salutations » (avant-dernières parce que ça laisse de la marge avant la fin) et dresse un bilan subjectif et anecdotique de sa vie (qu’il voudrait nous faire prendre pour un rôle), de ce qu’il a pu en attendre, de ce qu’il en espère encore. Du sens qu’elle peut avoir, pour lui et pour nous.
« Pour éviter tout malentendu, je dois vous mettre d’emblée au courant : je suis venu vous dire “au revoir”. » Un
truc « dramatique », paraît-il. Un rôle pour M. Joxe. Des adieux, comme au théâtre. Mais, avant, il va lui falloir régler ses comptes avec sa vie. Ratée. Enfin, ça, c’est lui qui
le dit. Et bien ratée, même.
Seul en scène pendant près d’une heure, dans l’intimité de la petite salle des Ateliers d’Amphoux (doux euphémisme pour une cave où l’on tient à peine debout), François Joxe reprend tout depuis le début. Acteur grotesque, « bigleux avec un défaut de langue » ; adolescent gauche aux douteuses fréquentations ; amoureux défectueux ; « cryptocommuniste-marxiste-trotskiziziste » qui s’ignore ; solitaire velléitaire ; pessimiste pourtant prolixe : langue bien pendue et mots fleuris. Digressions faisant, c’est à l’humanité entière qu’il s’en prend. Pseudo-progès, aliénation aux « trucs » nouveaux, infatigable propension à « inventer des machins ». Absurde.
Le patois de M. Joxe, c’est un micmac poétique à mi-chemin de l’élégie et du verbe fou, un entre-deux entre nous, un peu lyrique, un peu trivial. Anecdotique ? Sans doute. Caustique, également. Et puis, purgatif et émouvant parce que ce monologue d’adieu, qu’on ne s’y trompe pas, c’est avant tout une ode à la vie, malgré tout, un chant d’amour à l’usage de ceux qui restent. Bien du courage pour la vie, vécue ou à vivre, de toute façon vouée à l’échec ! « Adieu à tous ceux qui, en mourant, emportent avec eux dans la tombe les vies qu’ils auraient voulu vivre. » Et désolé pour le dérangement.
Pas donné à tout le monde de rater sa vie comme il faut, depuis le début jusqu’aux adieux. François Joxe voulait retenir ses larmes, les garder pour saluer. Raté aussi. Ému, il a en laissé filer quelques-unes, puis s’est excusé, les yeux mouillés. Inutile, tout le plaisir était pour nous. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Avant-dernières salutations, de François Joxe
Le Chantier Théâtre • 25, boulevard Montparnasse • 75005 Paris
Interprète : François Joxe
Les Ateliers d’Amphoux • 10-12, rue d’Amphoux • 84000 Avignon
Du 22 juillet au 2 août 2008 à 14 h 50
Réservations : 04 90 86 17 12
Durée : 55 min
12 € | 8 €
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
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