Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 13:17

Et courez vous cacher

 

« Le Misanthrope », Molière, réactualisation, j’y vais, enthousiaste. J’arrive, des gens sympas après cette pluie battante, ça fait du bien. La Fabrik’ Théâtre est un lieu très convivial, un peu excentré, du centre-ville. La salle : un lieu magique, aux allures de cirque, de cour des Miracles, le rideau rouge imposant. Le dossier de presse est prometteur. On parle de métissage social et artistique, d’un théâtre qui vient en aide aux handicapés moteurs, aux jeunes défavorisés. Super. C.V. assez impressionnant des comédiens, parti pris de modernisation. On évoque un travail à la table, des recherches sur la pièce pour aboutir à un parti pris clair. Bref, sur le papier, tout est merveilleux et la soirée s’annonce agréable. Sur scène, la réalité se révèle tout autre…

 

Les acteurs semblent concourir pour le titre du plus mauvais interprète ou peut être de celui qui massacrera le plus l’alexandrin, de celui qui joue le plus de dos, de celui qui connaît le moins bien son texte, de celui qui commente de manière ringarde et ostentatoire le moindre sentiment, de celui qui chante le plus, de celui qui est le moins habité ou encore peut-être de celui qui a le moins compris la complexité, la beauté et la modernité de ce que dit Molière à travers Alceste.

 

Dans sa note d’intention, Fabrice Malaval, metteur en scène de la pièce, dit vouloir « donner au personnage intemporel d’Alceste une nouvelle dimension à travers un parcours de vie à la fois particulier mais aussi tragiquement banal ». D’accord. Tout ceci est fort intéressant et augure du meilleur, sauf qu’on ne le voit pas… Soit Malaval s’est dit qu’à partir du moment où lui le savait c’était le principal et que si le public ne voyait rien (parce que le monsieur aime jouer de dos et baisser les yeux face public) ce n’était pas bien grave. Soit il ne possède pas, malgré un C.V. prometteur, le bagage technique pour montrer tout ce qu’il avance sur le papier.

 

L’idée d’un Alceste en fauteuil roulant est très bonne, mais comment sert-elle le personnage ? Il ne suffit pas de le présenter ainsi. Ce parti pris apporte en effet une autre dimension au personnage d’Alceste, mais encore aurait-il fallut développer…

 

Ne parlons pas des marquis qui rivalisent de ringardise, eux aussi adeptes de l’illustration de chaque sentiment. L’un d’entre eux se prend sûrement pour le meilleur et le plus beau des acteurs du monde et aime jeter un petit coup d’œil au public après chaque effet (raté parce que prétentieusement anticipé) pour voir si les filles ont ri… L’idée de les faire sniffer de la coke après la sortie de Célimène est très bonne, car inscrite dans l’air du temps, tout comme leur façon de s’habiller, fashion victims comme on en croise à tous les coins de rue.

 

À quelques reprises, une idée intéressante retient ma fuite imminente. Le jeu de Célimène aussi, qui semble d’avantage familiarisée que ses petits camarades avec la notion de jeu et qui possède un talent, une détente sur scène assez appréciable, si ce n’est qu’elle fait preuve de suffisance et de prétention, qu’elle écorche l’alexandrin par une diction et une projection vocale moyenne, qu’elle a des fautes de vers fréquentes et qu’elle ajoute des « hein », des « eh » et des « alors, euh ».

 

La transgression des règles de l’alexandrin peut faire l’objet d’un réel parti pris de mise en scène, comme l’avait fait Patrice Chéreau avec Phèdre. Ce n’est pas le cas ici. Les auteurs qui ont passé du temps à écrire des textes en alexandrins l’ont fait pour une raison bien précise. Cela apporte une rythmique particulière. Sinon autant jouer en prose…

 

Passons sur un Philinte qui rivalise de ringardise avec Bigard, une Arsinoé sous exta et une Éliante invisible… Je sors avant la fin et je rentre chez moi en courant pour calmer mes nerfs. La version du Misanthrope par la Confrérie des multitudes a eu la vertu de faire revivre Molière l’espace d’une soirée… le temps que ce dernier se retourne dans sa tombe. 

 

Benjamin Brenière

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Le Misanthrope, de Molière

La Confrérie des multitudes • 37, boulevard Chave • 13005 Marseille

04 91 92 72 76 | 06 60 82 95 89

fabricemalaval@orange.fr

Mise en scène : Fabrice Malaval

Direction d’acteurs : Wilma Lévy

Avec : Abdoulaye Diop Dany, Sériba Doumbia, David Guénichon, Fabrice Malaval, Prisca Mendy, Nina Nkundwa, Nathalie Paillet, Fabrice Valenza

Création de la lumière : Raphaël Verley

Création des casques : Yacine Benouis

Régie : Isabelle Bouju, Antoine Chain et Côme

Fabrik’ Théâtre • 32, boulevard Limbert • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 47 81

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 22 heures

Durée : 1 h 45

15 € | 10 € | 8 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher