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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une transe mémorielle, qui aurait mérité
plus d’audace
« Mâ Ravan’ » est un spectacle réunionnais à la jonction entre musique, théâtre et danse. Quatre danseurs-percussionnistes-comédiens vont, tour à tour, y servir de réceptacle à la mémoire des anciens esclaves.
Les
seules paroles prononcées durant la pièce ont trait à l’identité. Le spectacle se veut un hommage aux marrons qui se sont révoltés, à ces hommes qui furent dépossédés de tout élément culturel,
ne pouvant plus être maîtres ni de leur corps ni de leur identité. Dès le début, on est plongé dans l’écoute d’une liste de noms d’esclaves. Répétée de manière litanique, cette liste devient
interminable, comme pour nous rappeler l’ampleur de la tragédie.
Tout ce qui a ainsi été bafoué dans le passé retrouve vie par l’intervention successive des quatre comédiens. Leur corps sert de lieu de réminiscence, devient l’espace d’une mémoire primitive, atavique.
L’énergie très contrôlée de ces danseurs est impressionnante. Ils sont capables de passer de la transe à l’immobilisme en un instant. La ravanne, tambour emblématique, rythme la transe, sert de relais entre le souvenir et la peau du danseur. La peau qui agit comme une métaphore filée du spectacle. La peau qui est le lieu du frisson, du tremblement et de la résonance. L’émotion est donc épidermique : le souffle agité et les muscles contractés des quatre hommes nous communiquent la tension et l’angoisse venues de cette autre époque.
Le thème des mains est omniprésent, mains liées par les maîtres bien sûr, mais aussi mains brandies, agitées de révolte. Et cette vision d’horreur, vers la fin du spectacle, de mains tranchées d’esclaves punis, avec lesquelles l’un des danseurs va interpréter une chorégraphie.
Bien que touchée, je ne peux pas dire que j’ai été bouleversée par cette danse. Pour être bouleversé, il faut être surpris, bousculé, en perte de repères et de protection. Il faut être vulnérable. Et ce spectacle à la forme classique et quelque peu didactique ne permet pas de mettre le spectateur dans cet état. Après un début très lent et un peu opaque, quelques incursions timides du rire, de l’apostrophe au public et de l’autodérision agissent comme un coup de fouet sur le regard du spectateur. Mais c’est tout.
C’est dommage, car c’est justement quand les comédiens jouent sur l’humour, la moquerie et le décalage qu’ils interpellent le plus. Ils parviennent même alors à nous mettre mal à l’aise. On n’entre pas tout de suite dans ce parcours mémoriel qu’est Mâ Ravan’. Mais, au final, on a fait le chemin avec eux. Et on s’est souvenu. ¶
Aurore Krol
Les Trois Coups
Mâ Ravan’, de Philippe Pelan Baldini
Mise en scène et chorégraphie : Philippe Pelan Baldini
Avec : Thierry Moucazambo, José Njiva Andrianantenaina, Pascal Marie, Michaël Marmitte
Assistant à la dramaturgie : Thierry Moucazambo
Assistant à la chorégraphie : Prema Santhanagopal
Création musicale : création collective
Création lumière : Nicole Léonforte
Production et communication : Véronique Levasseur
Photo : Valérie Koch
Production : Théâtre Talipot (île de la Réunion)
Chapelle du Verbe-Incarné • 21 G, rue des Lices • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 07 49
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 15 h 35
Réservation : 04 90 14 07 49
Durée : 1 h 15
15 € | 11 €
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