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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 16:44

La douce mélodie de l’ennui

 

Le théâtre de La Luna-Buffon, où se joue actuellement « l’Histoire du music-hall depuis la préhistoire », est un lieu plein de promesses… pour la bonne raison que l’endroit est absolument charmant. Une petite cour calme et ombragée, qui sent bon le figuier, invite au repos et à l’évasion. Là, avant d’entrer dans la salle, on se sent en transit, prêts à partir vers un ailleurs, l’ailleurs théâtral. Et la petite porte d’entrée, noyée sous la verdure, s’ouvre sur un très bel espace : une grange transformée en théâtre, avec ses poutres apparentes et ses pierres de taille. La lumière s’éteint et… la magie s’évapore alors que commence « l’Histoire du music-hall depuis la préhistoire ». Le temps devient long, la légèreté a disparu, et nous voilà partis pour un voyage bien décevant.

 

Le principe de ce spectacle musical est simple. Les deux compères nommés « les Demi-Frères » vont, en une heure et quart, nous dresser un panorama (non exhaustif) de grandes figures historiques, sous l’angle du music-hall. Ainsi, Jeanne d’Arc, Napoléon, Ivan le Terrible, entre autres, vont pousser la chansonnette sur nombre de tubes (des Blues Brothers à Freddie Mercury en passant par Francis Lalanne et Julien Clerc). Un compteur placé à l’avant-scène remonte le temps tandis qu’une voix féminine enthousiaste introduit de façon humoristique les changements d’époque.

 

La première limite de ce spectacle se trouve justement dans cette omniprésence du temps : à trop vouloir fonder sa trame sur une chronologie, il tombe dans un rythme redondant et lassant. Une fois que l’on a compris le principe (une date, un personnage, une chanson), on commence très vite à s’ennuyer. Ferme. Mais passons sur la pauvreté en termes de construction narrative. L’important reste le contenu, et, si celui-ci est au rendez-vous, on peut tolérer quelques maladresses en matière de rythme. Ce n’est malheureusement pas le cas ici. Dans une surenchère permanente, les comédiens enchaînent les blagues, les références, les imitations. C’est un joyeux fourre-tout. Il plane au-dessus de la scène comme une sorte d’urgence à tout mettre, tout dire, tout placer. Alors, pris d’un vague ennui, entre une chanson et deux imitations, le spectateur commence à se poser la question suivante : mais, au juste, de quoi parle ce spectacle ? Et la réponse semble se trouver dans le titre (l’Histoire du music-hall…) : un thème délibérément vague, vaste. Et creux. Apparemment, la seule urgence de ce spectacle est de faire rire. À tout prix. Sans faire l’impasse sur quelques blagues clichés et d’un goût douteux. Ainsi, Jésus-Christ en croix chante I Will Survive, ou encore deux bourreaux (sortis des guerres de religion) discutent du meilleur moyen de torturer un nourrisson. Bon. Quelques rires gras semblent suivre, mais dans l’ensemble la salle demeure sceptique.

 

Néanmoins, toutes ces limites resteraient tolérables si le problème majeur de ce spectacle ne résidait pas en son absence totale de théâtralité. L’espace, tout d’abord, n’existe quasiment pas. Le plateau, qui pourrait être fort beau, est dévoré par les paravents derrière lesquels les comédiens changent toutes les 30 secondes de costume. Par conséquent, c’est l’accessoire et le gadget qui priment sur le jeu et l’espace théâtral. C’est fort dommage. Le plateau semble faire peur aux deux comédiens, maladroits dans la gestion de leurs accessoires, et que l’on sent vite dépassés par la foultitude de détails matériels que la mise en scène leur demande de gérer. Peut-être est-ce cette même peur qui crée le flou dans lequel baigne tout le spectacle : flou autour du thème, du propos, mais aussi du registre. Le texte erre entre la « blague entre potes » à caractère privé et les références (télévisuelles ou autres) terriblement clichés. Il est difficile de comprendre où les deux comédiens, et plus largement le spectacle, se situent : se prennent-ils ou ne se prennent-ils pas au sérieux ? Car le ridicule et l’autodérision poussés à l’excès ouvrent parfois des portes insoupçonnées vers un comique très efficace. Mais, en l’occurrence, on est juste atterrés. D’un côté, par la lourdeur de plaisanteries tirées à l’extrême et, d’un autre côté, par la prétention de moments qui se veulent délibérément émouvants. On concède que Laurent Conoir est plutôt doué en imitations et parvient à tirer de vrais rires du public en imitant, par exemple, Nicolas Sarkozy. On reconnaîtra tout aussi facilement que Medhi Bourayou est un bon musicien, qui chante tout à fait juste.

 

Mais la véritable question est : quel est l’intérêt ? Quel est le propos ? Se regarder lister ses potentiels scéniques ? Bien s’amuser entre copains ? L’Histoire du music-hall… est un spectacle de recyclage, qui fonctionne comme un gros clin d’œil du début à la fin. Malheureusement, à mon sens, tout acte théâtral doit être porteur d’un sens, aussi minime soit-il. Monter sur scène implique une responsabilité et doit témoigner d’un engagement. Il n’est pas seulement question de se donner en spectacle, mais bien de faire preuve de créativité, afin d’ouvrir vers un imaginaire, quel qu’il soit. Ce n’est pas la proposition de ce spectacle, qui demeure désespéramment frileux, sans surprise et convenu, malgré l’énergie que les deux comédiens y investissent. Le résultat, sans être désagréable, endort le spectateur dans une somnolence caressante. Et, avant d’être médiocre, ce spectacle semble bel et bien inutile. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Histoire du music-hall depuis la préhistoire, par Les Demi-Frères

Demi-Frères | O.D.C.P. • 38, avenue de Cassis • 13470 Carnoux-en-Provence

04 42 73 47 28

odcp.didier.chalaux@wanadoo.fr

www.demifreres.com

Mise en scène : Renaud Maurin

Avec : Laurent Conoir et Mehdi Bourayou

Scénographie : Didier Sainderichin, assisté de Paola Jarry

Costumes : Perrine Lenaert, assistée de Dhyma Gomez

Création son : Fabien Aumenier

Lumière-régie : Gilles Miot

La Luna-Buffon • 18, rue Buffon • 84000 Avignon

Réservations : 06 82 29 76 46

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 18 h 15

Durée : 1 h 15

17 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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