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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 19:39

Un charme et un talent fous !


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Le Off est un vivier. La preuve, c’est que les festivaliers – les vrais, les organisés – ont toujours avec eux une musette où ils flanquent les tracts, petits poissons-pilotes qui vont ensuite les guider vers les spectacles rares, succulents ou « imbouffables ». Aussi, quand j’ai lu : « la Baleine » écrit et mis en scène par Laurent Labruyère, ai-je mis immédiatement le cap sur l’espace Roseau. Une baleine, vous imaginez ! Si c’est bon, ce sera un festin, me disais-je. Eh bien, c’est bon. Et drôlement, même !

Trois filles sont en bateau à la recherche de la baleine. Pas pour la manger, au contraire. Pour savoir ce qu’elle a dans le ventre. Laure, à l’origine de l’expédition, espère y retrouver des gens qu’elle a connus, meurtris, oubliés… Les deux autres l’ont suivie, l’une par désœuvrement, l’autre sans savoir pourquoi. « Les filles, c’est comme ça » comme chantait Brassens. Évidemment, elles finiront avalées tout cru par l’horrible monstre. Les voilà dans son ventre. Or, là, stupeur : il y a déjà deux autres filles, qui les attendent !

Serait-ce une pièce pour enfants ? Oui, mais pour des très intelligents. Des enfants qui douteraient d’eux-mêmes, que la vie inquiéterait, qui se poseraient des questions sur leur solitude, à eux qui vivent en bancs, parfois serrés comme des sardines, dans des boîtes. Eux qui savent qu’ils nagent bêtement, mais qui le font quand même. Ce genre d’enfants qui aiment les histoires… d’hommes.

On l’a compris, cette baleine-là parle couramment plusieurs langues : le fantastique, le drolatique, l’unique, le métaphysique et le français. Un français simple et spirituel qu’on croyait perdu, quelque part au large des phares : Copi, Beckett, Dubillard. Avec Laurent Labruyère, le théâtre retrouve la route de la poésie. À bord d’une vraie pièce qui file ses trente nœuds à l’heure : avec tension dramatique, enjeux, personnages et tout. Quand on songe que c’est sa première ! Quel harponneur ! Sa Moby Dick vaut son pesant de bons mots et de métaphores.

Elle nage à contre-courant. Et après ? Vous le trouvez poissonneux, vous, le courant actuel ? Des fausses Sarah Kane, des sous-Bond (Edward, pas James !), feignant d’avoir souffert de guerres qu’ils n’ont jamais connues que par la télé. Je préfère cette cruelle mais honnête baleine blanche. D’abord, elle est drôle avec ces cinq filles sérieuses comme des papes au milieu du grand décombre (Michaux, à qui on pense, et c’est un compliment), de ce capharnaüm de cœurs brisés, de rêves morts et de routines désuètes.

Elles sont toutes les cinq fantastiques. Laure (Lorène Ehrmann) et sa brasse désopilante autour du pédalo ; Zoé (Émilie Vidal) et ses imprécations, le visage barbouillé de rimmel ; Amara (Anaïs Maro) et sa fine ironie suprêmement désenchantée ; Lucie (Caroline Sahuquet) et son débit d’automate s’ouvrant soudain sur des béances insondables ; Marthe (Mélanie Masounabe) et ses déhanchements blasés, cachant mal sa détresse. Des filles qui s’entendent, et une vraie troupe : deux raretés.

Coup de chapeau aussi aux costumes des Vertugadins (Guënic Prado et Émilie Monchauvet), qui déclenchent à chaque fois l’hilarité. Du moins la mienne. La palme revenant quand même à Lucie avec son arrête Bigoudène. Ah, ces nouveaux dadaïstes, quels pince-sans-rire ! Courez vous laver le cœur, les oreilles et les yeux à leur enchantement. Plus tard, vous pourrez dire : « Le Rugissement de la libellule ? (C’est le nom de la compagnie.) Mais j’ai été un des premiers à l’avoir entendu. Du ventre d’une baleine, en plus ! ». 

Olivier Pansieri


La Baleine, de Laurent Labruyère

Le Rugissement de la libellule

contact@lerugissementdelalibellule.fr

Mise en scène : Laurent Labruyère

Avec : Lorène Ehrmann, Anaïs Maro, Mélanie Masounabe, Caroline Sahuquet, Émilie Vidal

Lumières : Antoine Duris

Scénographie et costumes : Guënic Prado et Émilie Monchauvet | Les Vertugadins

Espace Roseau • 8, rue Pétramale • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 25 96 05

Du 10 juillet au 2 août 2008, à 14 heures

Durée : 1 h 20

15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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