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26 juillet 2008 6 26 /07 /juillet /2008 18:21

Le théâtre ? Ce serait pire s’il n’existait pas !

 

Pas de doute, Alexis Armengol est dans l’air du temps, dans le coup, si vous préférez. Son spectacle commence par mettre à l’aise le public, en lui offrant à boire et à manger. « C’est bien que vous soyez venus » nous remercient-ils. Rien de théâtral dans la forme : l’à-peu-près est la règle, la maladresse aussi. Bien entendu il n’en est rien : il est très difficile pour un comédien de jouer ce naturel-là ! On se coupe la parole, on bredouille, on sourit au public pour s’en excuser… Tout se fait comme si c’était la première fois. N’est-ce pas justement le sommet de l’art du comédien ?

 

Et de talent, ces quatre comédiens n’en manquent pas. Ils savent tout faire. Aucun répertoire ne leur est étranger : comédie, farce, tragédie, théâtre de Tchekhov, d’Ionesco, théâtre de boulevard, mais aussi danse, chant, acrobatie, grommelo.

 

Nous assistons ainsi à une démonstration de ce qu’est le théâtre : 1.– le corps de l’acteur et celui du personnage ; 2.– sa relation avec son partenaire ; 3.– sa relation avec le décor et les accessoires. Le rythme est endiablé, les décors valsent au gré de la fantaisie, de l’inspiration du moment. La démonstration tourne très vite à la provocation : ils montrent ce que vous ne verrez jamais au théâtre… Mais je n’en dirai pas plus, pour ne pas gâcher votre surprise.

 

Même lorsqu’il s’agit de faire rire le public en utilisant toutes les ficelles du métier, le metteur en scène nous dévoile sa perplexité, son désespoir. Il nous sert le discours officiel, langue de bois usée qui envahit les ouvertures des saisons culturelles des théâtres, les textes ministériels, les dossiers de demande de subvention. Les comédiens font de la surenchère, s’extasient sur telle ou telle expression pleine de sens ou efficace.

 

« Je suis » | © James Bouquard

 

On sent bien qu’à force de devoir justifier leur existence-même les créateurs perdent une partie de leur temps, de leur énergie et de leur âme à trouver les bons arguments pour obtenir les subsides nécessaires, et pour attirer le public « sans qui ils ne seraient rien »… Depuis que le théâtre se doit de répondre à des critères de rentabilité, on a inventé cette glose, ce jargon culturel…

 

Mais au-delà de ça la question qui se pose est la suivante : lorsqu’on sait tout faire, lorsqu’on a réuni toutes les conditions matérielles et tout le personnel pour faire un spectacle, qu’avons-nous à dire ? Qu’allons-nous faire ?

 

Aujourd’hui, la performance a remplacé l’acte théâtral, et, dans le même temps, la frontière entre la scène et le public est en voie de disparition. Une façon de nier l’importance de ce que l’on va faire ou dire, de ne pas se prendre au sérieux, de laisser le spectateur se débrouiller avec ça.

 

Si vous vous attendez à ce que l’on vous raconte une histoire, que l’on vous emmène découvrir un pays, une culture, un folklore étrangers, vous risquez d’être déçus. Ici, on ne parle que du théâtre, de la culture contemporaine et de leurs affres.

 

On rit beaucoup, surtout si l’on s’est trouvé confronté un jour aux arcanes kafkaïennes des dossiers de subvention. Reste à savoir comment Alexis Armengol sera capable de faire autre chose après ce spectacle… 

 

Camille Vivante

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Je suis, d’Alexis Armengol

Théâtre à cru • B.P. 613 15 • 37013• Tours cedex 1

Tél. | télécopie : 02 47 44 02 45

theatre-a-cru@wanadoo.fr

www.theatreacru.org

Mise en scène et conception : Alexis Armengol

Avec : Stéphane Gasc, Alexandre Le Nours, Laurent Seron, Camille Trophème

Scénographie : James Bouquard

Son :Stéphane Bayoux et Frédéric Duzan

Lumière : François Blet

Costumes : Audrey Gendre

Compositions originales : Sylvestre Perrusson

Production : Marie Lucet

Décors : Jacques Brossier

Administration : Isabelle Vignaud, Floriane Brault

La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 12 71

Du 7 au 27 juillet 2008 à 17 h 20, relâche le 21 juillet

Durée : 1 h 20

15 € | 11 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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