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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« L’Euphorie perpétuelle »
fait rire, oui, mais qui ?
Après « l’Euphorie perpétuelle », « l’Euphorie perpétuelle, la suite… ». Le premier volet sondait les affres du bonheur imposé-impossible. Avec le second, Pascal Thoreau s’aventure encore un peu plus loin sur la piste de cette absurde quête, nécessairement insatisfaite et il est vrai assez ridicule.
Avant même l’entrée dans salle l’on prend soin de vous distribuer une fiche bleue
de petit format, sur laquelle sont inscrites trois questions (à vos antisèches !) : « êtes-vous heureux(se) ? quelle est, pour vous, la personnalité la plus heureuse ?
citez trois résolutions qui vous rendraient heureux(se) ». Fort de vos formulaires collectés, Pascal Thoreau entre sur une scène éclairée par des néons de couleur, meublée d’un fauteuil et
d’un pupitre transparents. Sous ses faux airs de Julien Lepers, il débute alors un monologue à mi-chemin entre le colloque et la présentation de jeu télévisé : « Plus de quatre-vingts
pour cent des Français se déclarent heureux ! ». Silence. « Vous y croyez, vous ? »
S’ensuit une succession de saynètes ironiques en forme de réponses et de réfutations autour de thèmes : l’argent, la célébrité, l’amour… À chaque sujet abordé, son auteur et sa citation. Kant, Gide, Rousseau, Pascal et quelques-uns encore. « Il est des êtres sur qui le bonheur s’acharne comme s’il était le malheur, et il l’est en effet » (François Mauriac). Pascal Thoreau, caustique, souligne ainsi avec une pointe de sarcasme, de l’esprit et beaucoup de vigueur nos inconséquences, en germe dans cette course au bonheur sans frein, finalement pourvoyeuse de malheur.
La dernière partie du spectacle reprend à la façon d’un one-man-show les résolutions que nous déclarions bonnes, celles qui nous rendraient heureux. C’est audacieux et périlleux, car les bons esprits rivalisent pour le meilleur, parfois, peut-être, mais ce jour, surtout pour le pire. L’on ne peut s’empêcher de penser que le public est composé de boute-en-train venus rire haut et fort alors que Pascal Thoreau en pince sans rire. La lecture de ces réponses après une citation de Goethe n’est, elle, pas des plus heureuses, et il est parfois difficile au comédien pourtant talentueux de « rebondir » sur nos bons mots… Le rythme du spectacle en pâtit.
Rendons cependant hommage à cet effort fait pour nous donner la parole (qui, à l’issue du premier spectacle monté, a donné lieu à un recueil…) et remercions la générosité et l’énergie du comédien. Mais reconnaissons aussi qu’il n’est pas donné à tout le monde de faire rire, et que l'esprit n’est malheureusement pas la chose au monde la mieux partagée. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
L’Euphorie perpétuelle, la suite…, d’après Pascal Bruckner
Adaptation de Philippe Honoré
Compagnie Philippe-Person • 22, rue Poncelet • 75017 Paris
Mise en scène : Philippe Person
Interprète : Pascal Thoreau
Décor : Vincent Blot
Lumières : Alexandre Dujardin
Le Petit Chien • 76, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 89 49
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 12 h 30
Durée : 1 h 10
16 € | 11 €
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