Battements d’elle
Nejla Yatkin, oiseau mirifique en provenance des États-Unis, déploie ses ailes dans « Wings of desire ». Elle apparaît à la nuit tombée au Théâtre Gilgamesh. Cette femme au charisme rare appose une sensualité inouïe sur une chorégraphie et une mise en scène très stylisées. Affable et curieuse, elle attend votre regard pour prendre son envol…
C’est un solo, en deux parties. La première partie révèle la face cachée d’une femme en mutation, femme-volatile ou femme-reptile, obscure et
mystérieuse. Dans une « robe-meringue » noire et derrière une longue chevelure brune, la « femme-rapace » impose son style et suscite toute notre curiosité. Elle nous
envoûte de son charme inapprivoisable. La chrysalide se défait ensuite lentement de son cocon et dévoile son corps de femme à la musculature impressionnante. L’étendue de ses capacités
physiques et techniques subjugue le spectateur.
Après une courte pause, on change radicalement d’ambiance et nous entrons dans la seconde moitié du solo. Le vautour a replié ses ailes. Elle nous offre son dos, un dos luisant sous la lumière des projecteurs. Des ailes d’ange apparaissent… Les mouvements dorsaux, d’une sensualité débordante, ondulent sous la chair. Elle raccroche ses ailes en fond de scène, laissant derrière elle traîner un drap blanc qui scinde l’espace en deux. La déesse se prépare cette fois à parcourir les rives du vivant.
À chaque tableau, à chaque étape de la vie : une nouvelle coiffure, un nouveau costume, une nouvelle performance. Les changements se font à vue pour ne pas rompre la relation intime qu’elle tisse avec le spectateur. Des battements de cœur assurent la transition d’une étape à une autre (de la naissance à l’enfance, à la vie active, à la vieillesse, jusqu’à la mort). L’ampleur de sa présence est à la hauteur de sa grandeur. Un calme olympien emplit la salle. Cette femme en impose.
En outre, une poésie vaporeuse et une esthétique regorgeant de fioritures alimentent la légèreté du traitement chorégraphique. Une histoire emplie d’images nous est contée. C’est l’histoire de la vie, celle que l’on regarde avec une âme d’enfant et des yeux écarquillés. Faisant référence au chef d’œuvre de Wim Wenders en convoquant l’imagerie du film, le spectacle est sublimé par son interprète. Ses qualités de danseuse sont indéniables. La richesse de ses influences artistiques imprègne son langage corporel. Un langage et un physique atypiques relayés par une forme qui l’est par ailleurs beaucoup moins. Son énorme potentiel d’interprète est désarçonné par une écriture dramaturgique quelque peu simpliste.
Il serait pourtant dommage de passer à côté de cet auguste oiseau sans vous arrêter un moment pour l’observer. Nejla Yatkin est unique en son genre. Artiste internationale aux origines multiples (turque, égyptienne, allemande, américaine), elle révèle un tempérament surprenant, un talent incroyable et une beauté qui résiste à toute épreuve ! Au plaisir de la voir dans d’autres créations. Au désir de la voir sublimée par un traitement scénique à la hauteur de sa prestance… ¶
Audrey Chazelle
Les Trois Coups
Wings of desire, de Nejla Y. Yatkin
NY2 Dance • 1422 Euclid Street • NW, 20009 • Washington,D.C., États-Unis
12 02 21 08 247
Interprète : Nejla Yatkin
Chorégraphie : Nejla Yatkin
Costumes : Judy Hanson
Musique : Sheila Chandra, Jurgen Knieper, Evelyn Glennie
Le Gilgamesh Théâtre • 32, rue Carreterie • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 25 63 48
Du 10 juillet au 1er août 2008 (relâche le 21 juillet) à 21 h 15
Durée : 1 heure
12 € | 10 € | 8 €
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
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