Opa super !
Vous commencez à vous demander ce que vous êtes venu faire à Avignon. Vous venez de tomber sur le casse-pieds, qui désormais sait que vous y êtes, votre dernier bon spectacle remonte à il y a au moins trois jours, bref vous êtes d’une humeur !… Il est temps qu’on vous parle de « Opa tsupa ! » interprété par le Quatuor vagabond (en trio !). Dites aux copains que vous allez voir un truc rasoir et foncez discrètement jusqu’à la Condition des soies, sans oublier votre éventail, car c’est bourré à craquer.
Ils pourraient être anglais tant on les dirait sortis d’une émission de Ben Hill ou accompagnateurs facétieux d’une Kathy Barberian qui ne chanterait
pas, ce qui serait dommage. Trois musiciens hors pair doublés de trois grands clowns, l’un à l’accordéon, l’autre au piano, le troisième au violon, désespèrent d’arriver à s’entendre. Avec tout
le boucan que font les deux autres !
On peut dire que Philippe Arestan (violon, chant), Philippe Borececk (accordéon, chant) et Manuel Peskine (piano, chant) se sont trouvés. Pour ceux qui s’en souviennent, ils étaient déjà là (dans le Off) au Théâtre du Cabestan il y a deux ans. Depuis, leur route a croisé celle d’Éric Fauveau, autre bon faiseur de spectacles, qui les met en scène avec compétence, finesse et drôlerie. Un bon et vrai spectacle musical.
Attente dans les coursives semi-médiévales de l’endroit avant d’entrer dans la salle… pardon le petit cirque improbable où nos trois compères… pardon deux – le troisième se cache – vous attendent, sourire incrédule aux lèvres, prêts à jouer. Joli décor de Loïc Leroy, évoquant la baraque foraine et le cabaret d’Europe centrale avec plein de détails que vous n’aurez pas le temps de remarquer tant ça démarre vite.
Le violon et le piano entament un duo tzigane endiablé, qui très vite commence à boiter, à leur grand étonnement, pour partir « tout seul » vers le dodécaphonique, le tout sans une seule fausse note. Les interprètes naturellement gardent leur sang-froid.
Tout de même, ce dérapage agace le pianiste, qui, tout en continuant à jouer d’une main, de l’autre cherche la « panne » en trifouillant dans son piano. Dans la salle, les premiers rires partent, qui vont aller crescendo. Le pianiste en effet commence à démonter son instrument, tel un garagiste des notes, tandis que le violon s’échine à faire diversion.
Entrée de l’accordéoniste, parodiant cette jovialité que se croient obligés d’avoir ses confères. On est passé, mine de rien, du cabaret russe au tango, de Prokofiev revu par Berg à Piazzolla louchant vers Phill Glass. C’est qu’ils en connaissent un rayon, les bougres ! Le pianiste, cette fois mécontent de son tabouret, l’a échangé contre une étrange cantine à roulettes, dont il sortira bientôt les objets les plus délirants.
Pour l’instant, sourde bataille pour ce siège absurde, dont on comprend soudain pourquoi il a des roulettes. Je vous laisse le plaisir de le découvrir, mais c’est très drôle. Suivent un joli Pas de deux du violoniste avec une robe qu’il a pendue au manche de son instrument pour ne pas danser tout seul, une sonate pour violon et piano qui vire au règlement de comptes, une tentative désopilante de massacrer Schubert, et j’en passe.
Des moments d’une grande poésie, pas seulement loufoque, où tout d’un coup la solitude de ces trois hommes vous étreint, tandis que les lumières baissent (travail magique de François Côme), qu’on passe de la parodie à la « chaleur épaisse » des ports, aux landes celtes des légendes… De grands artistes à voir, si vous y arrivez. Sinon débrouillez-vous pour faire la queue plus tôt, le lendemain. ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups
Opa tsupa !
Le Quatuor vagabond
Mise en scène : Éric Fauveau
Avec : Philippe Arestan (violon, chant), Philippe Borececk (accordéon, chant), Manuel Peskine (piano, chant)
Lumières : François Côme
Scénographie : Loïc Leroy
Costumes : Véronique Boisel
La Condition des soies • 13, rue de la Croix • 84000 Avignon
Réservations : 04 32 74 16 49
Du 10 juillet au 2 août 2008, à 21 heures
Durée : 1 h 20
15 € | 10 €
Les Trois Coups, c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”
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