Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 20:24

Délicieux

 

« Impromptu ». Un joli titre, qui pétille et laisse grandes ouvertes les portes de l’imagination. Dans « le Robert des synonymes », on trouve « impromptu » tout près des « à l’improviste », « à la fortune du pot » et non loin encore de « imaginé », ou de « improvisé ». Joli bouquet de mots pour définir ce spectacle plein de saveur(s). Un spectacle qui semble s’inventer à chaque seconde, et qui nous restitue avec une fraîcheur enthousiasmante les petits moments si importants de la vie de ces deux clowns. Et, avec Filomène et Félix, quand le dérisoire devient capital, la poésie règne en maîtresse, rendue à ses armes les plus redoutables : la simplicité, la lumière, et la délicatesse.

 

Filomène et Félix sont deux clowns nés du travail de la compagnie Le Voyageur debout. Durant un peu plus d’une heure, ils vont nous raconter l’histoire de leur amitié. Elle, grande tige filiforme affublée d’une robe rose beaucoup trop courte pour elle, est interprétée par Marie-Émilie Nayrand. Charmante et drôle, la comédienne se révèle très touchante dans ce personnage lunaire et pétillant d’héroïne au grand cœur. Lui, amoureux transi, incompris et maladroit, est joué par Jean-Luc Bosc. Également metteur en scène du spectacle, il est formidable de justesse et d’humour dans ce clown qu’il interprète avec une grande humilité.

 

Humilité, humanité, voilà peut-être les maîtres mots de ce spectacle, qui, pour autant, ne lâche jamais une veine comique jubilatoire. La compagnie Le Voyageur debout exprime, dans son dossier de presse, son désir d’œuvrer pour « un théâtre qui rassemble, qui invite » et qui « revendique son implication pour le renforcement du lien social ». Ce ne sont pas là des paroles pieuses, et c’est pour cette raison qu’il me semble important de les citer ici. C’est un vrai travail d’artisan que Jean-Luc Bosc nous propose avec son Impromptu. Un travail d’exigence, de précision, qui prend le temps d’aller au bout des choses, et de donner de l’importance au moindre petit élément apporté sur le plateau. Ainsi c’est le comédien, et non le personnage, qui accueille les spectateurs et qui prend le temps, face à nous, de se maquiller et de faire surgir son clown, avec douceur, patience et poésie. Avec minutie, et sans jamais se départir de leur légèreté si caractéristique, Filomène et Félix interrogent tranquillement la question essentielle de la frontière entre le réel et l’imaginaire, entre la vie et le théâtre. Quel beau défi pour ces clowns qui savent, avec un geste, un mot, un son, faire jaillir des mondes de leurs grands corps dégingandés !

 

 

C’est un vrai moment de partage que Jean-Luc Bosc et Marie-Émilie Nayrand nous offrent là. Les regards au public accompagnent la moindre émotion, le moindre évènement qui traverse la vie des clowns. Mais, loin de se soumettre machinalement à ce code de jeu clownesque, les deux comédiens témoignent avec celui-ci de leur grande générosité. Complice, conquis, le public est contaminé par la furieuse tendance à l’émerveillement qui émane de ces deux personnages.

 

Les accessoires et les costumes donnent couleur et relief à l’ensemble, sans jamais empiéter sur le véritable enjeu, à savoir l’incroyable densité de ces personnages, qui semblent bel et bien avoir une vraie existence en dehors de leurs interprètes. En ce sens, on peut saluer le travail corporel des deux comédiens, qui entrent, au sens premier du terme, « dans la peau » de Filomène et de Félix. L’humour, le rêve et la beauté se mêlent en permanence, sans jamais laisser le spectacle tomber entièrement d’un côté ou d’un autre. C’est peut-être cela qui fait la magie d’Impromptu, et sa réussite : tout à l’instantanéité de leur vécu, les deux clowns sont en permanence sur le fil. Et emmènent les spectateurs avec eux dans ce monde où tout est possible, celui de l’enfance. Le plongeon y est tellement total qu’on a du mal à croire, au moment du salut, que les interprètes de Félix et Filomène soient un « monsieur » et une « dame », aux cheveux poivre et sel. C’est tout à leur honneur. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Impromptu (Filomène et Félix dans…), de Jean-Luc Bosc et Marie-Émilie Nayrand

Compagnie Le Voyageur debout • 1, cours d’Herbouville • 69004 Lyon

Le.voyageur.debout@free.fr

http://le.voyageur.debout.free.fr

04 78 30 67 05 | 06 11 59 54 84

Mise en scène : Jean-Luc Bosc

Avec : Marie-Émilie Nayrand et Jean-Luc Bosc

Régie lumière : Jean Dianteill

Collège de La Salle • 1, place Pasteur • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 88 00 56

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 11 heures

14 € | 10 € | 8€

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher