Les petites gens vous saluent toujours
L’atmosphère surannée du troquet Dany Bar, la patronne chaleureuse, et des personnages touchants accoudés au zinc : voilà ce qui semble nous attendre pour ce spectacle. Mais, au travers de chansons et de péripéties, ces gens qui ne paient pas de mine vont nous faire rire et réfléchir. Gentils et sans prétention, ils ne transigeront cependant pas sur les principes de solidarité et de générosité qui les guident.
L’esthétique de ce spectacle n’est pas très sophistiquée, et ne cherche pas à l’être. Les comédiens sont déguisés de manière à avoir des signes
distinctifs. Avec des perruques, des lunettes, du strass… chaque personnage revêt son caractère. L’on sent l’influence du cabaret dans les choix de lumières, et l’outrance des costumes. Au
début, j’ai une petite appréhension concernant le risque de la caricature. Mais, parce que les personnages sont croqués avec beaucoup de tendresse et de justesse, cette crainte s’estompe au fur
et à mesure.
Le spectacle fonctionne sur le principe de la participation du public, et de l’échange entre le public et les comédiens. Dany, la patronne du bar, organise des jeux comme ce « jeu de la vérité » où les spectateurs posent des questions aux personnages. Mais cet attrait pour le jeu, et la soif de partage et de reconnaissance entraînent nos personnages, et le public avec, dans la perversion de la télé-réalité.
Il ne s’agit plus alors de participer et de partager, mais plutôt de trahir ses amis pour arriver au sommet d’une gloire éphémère. Néanmoins, alors que l’on croit qu’il faut se résoudre à accepter la fatalité de la règle imposée de « l’élimination », heureusement le personnage d’Odette nous rappelle avec force qu’accepter tacitement ces injustices banalisées nous ôte chaque fois un plus notre humanité.
Parce que le spectacle repose sur une complicité entre public et comédiens, et qu’il se déroule dans le cadre d’un bistrot, j’ai eu le sentiment que la salle de théâtre traditionnelle, qui oppose le public à la scène, n’était pas le lieu idéal. Peut-être que ce spectacle trouverait une autre ampleur s’il était joué dans des lieux moins formels, ou dans un théâtre avec une autre disposition. Cela dit, le fait d’être pris à parti, en tant que spectateurs, dans le cadre d’une salle de théâtre traditionnelle remet en question notre rapport au théâtre et à la scène, et ce n’est peut-être pas si mal d’être déstabilisé un peu. En perturbant nos habitudes de spectateurs, la troupe du Voyageur debout nous invite gentiment à nous engager davantage vis à vis de ce que l’on regarde et de ce qui nous est proposé.
L’humilité et la clarté des propos de ce spectacle sont rafraîchissantes dans un paysage théâtral où l’on méprise parfois le travail artisanal des saltimbanques. Ces artistes voient toujours dans le rire et la solidarité des moyens de faire du spectacle bien vivant. ¶
Anne Losq
Les Trois Coups
Dany Bar, de Jean-Luc Bosc
Le Voyageur debout • 1, cours d’Herbouville • 69004 Lyon
04 78 30 67 05
Mise en scène : Jean-Luc Bosc
Avec : Jean-Luc Bosc, Sandrine Gelin, Claudine Lebègue, Marie-Émilie Nayrand
Paroles et musique : Claudine Lebègue et Jean-Luc Bosc
Régie : Christophe Richard
Collège de La Salle • 1, place Pasteur • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 88 00 56
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 19 heures
14 € | 10 € | 8 €
Les Trois Coups, c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”
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