« Beyrouth Adrénaline »,
la vie sous les bombes
Reprise d’un spectacle créé à Avignon durant le Off 2007, « Beyrouth adrénaline » revient cette année à la Manufacture. Non seulement belle et parfaitement interprétée, cette évocation de la vie libanaise en temps de guerre est aussi sensible et intelligente.
Deux balcons face à face, un passage entre les deux, des hauteurs, des escaliers, du mouvement, des couleurs vives… Vive, telle est l’image que Hala Ghosn voudrait donner du conflit – doux euphémisme, de la guerre qui ravagea le Liban quinze ans durant. Mais quoi qu’on en pense, quoi qu’en disent les médias, l’on ne cesse de vivre, même sous les bombes. Travailler, rire, pleurer, faire du sport, espérer, se séduire…
Soutenu par une scénographie soignée (simplicité dans l’organisation de l’espace, couleurs choisies) propre à susciter la circulation, ce parti pris s’exprime également dans la structure même de la pièce, fondée sur un chassé-croisé entre trois points de vue (regard de « là-bas, d’ici et d’entre deux »). Côté jardin, en hauteur, couleur orange, le balcon de Marwan, un sportif libanais, dont le frère et la sœur cadette, Zyad et Mona, ont émigré à Paris. Au centre, en contrebas, leur appartement parisien. Côté cour, enfin, le balcon de Rima, jeune veuve libanaise, et de son frère encore adolescent mais déjà membre d’une milice, Toufic. Entre eux tous, une communication ininterrompue, un lien médiatique – téléphonique, radiophonique, télévisuel, ou immédiat, directement de balcon à balcon.
En favorisant la confrontation des personnages et la multiplication des points de vue, la pièce souligne avec finesse et humour les différentes perspectives adoptées sur une même guerre, et suscite ainsi le débat. Elle enrichit, en somme, un propos qui se garde d’être partisan ou vindicatif, mais se contente de raconter simplement des situations croisées parfois absurdes.
Intelligemment monté et rondement mené par des acteurs fougueux, le spectacle et son propos bien tenu tiennent haute la tension, l’attention aussi. Le thème aussi bien que la tonalité délibérément primesautière et très humaine, le parti pris d’évoquer ce qu’il y a de vie dans une guerre meurtrière, ainsi que le soin porté à la mise en scène incitent à rapprocher « Beyrouth adrénaline » d’un autre spectacle, le Jour où Nina Simone a cessé de chanté, actuellement présenté au Théâtre des Halles. Tous deux sont, en effet, de la même admirable nature. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Beyrouth adrénaline, de Hala Ghosn et Jalie Barcilon
Association La Poursuite-Makizart • 144, route de la Plaine • Le Mesnil-Martainville • 27210 Beuzeville
Mise en scène : Hala Ghosn
Avec : Lina Bosch, Céline Garnavault, Caroline Michel|Nathalie Davoine, Nicolas Petisoff, Jean-François Sidérol
Création lumière : Marc Martinez
Création sonore : Frédéric Picart
Réalisation décor : Alain Pinochet
La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 12 71
Du 7 juillet au 27 juillet 2008 à 13 heures, relâche le 21 juillet
Durée : 1 h 30
15 € | 11 | 5 €
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
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