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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 19:13

L’abîme des vivants

 

Olivier Py offre la possibilité au metteur en scène Dominique Davin de s’emparer du personnage de miss Knife dans « Comme un ange bleu au cabaret de miss Knife ». Ainsi, la comédienne Sandrine Chauvin interprète le rôle de miss Knife, rôle dont le premier interprète n’est autre qu’Olivier Py lui-même. Dans la salle du Théâtre du Cabestan, aucune obligation que celle de voir, d’écouter et de comprendre ce voyage troublant dans l’abîme de nos cœurs.

 

Les mots d’Olivier Py sont comme des couteaux invisibles et fragiles qui touchent l’inconscient. Miss Knife chante, danse, s’évapore dans un cabaret d’ici et d’ailleurs. Elle est la figure satirique de toute l’œuvre d’Olivier Py. Miss Knife de sa voix sublime chante les fantasmes inachevés, l’illusion d’un monde parfait et le désir de souffrir pour s’élever. Autour d’elle, un ange, une clownesse et un squelette sont comme des spectres tour à tour ivres d’amour ou malades de peur. Ils sont les interrogations existentielles et parfois absurdes de nos âmes d’enfants. Miss Knife, mystérieuse et provocatrice, met en place un jeu avec lequel elle s’amuse à l’infini. De sa démarche féline et sensuelle, elle emprisonne les rêves au vol. Qui est miss Knife ? Joue-t-elle au désir°? Ou est elle la forme même du désir ? Qu’est-ce qui est faux ? Peux-t-on encore rêver l’éternité et l’amour ? Et si oui, pour aller où ?

 

Il y a du lyrisme dans cette belle mise en scène. On sent que Dominique Davin respecte l’écriture et l’univers de l’auteur, et apporte aussi sa vision propre. C’est réussi. La mise en images, les lumières, la musique et la scénographie participent à ce voyage onirique. Voici un théâtre qui me plaît parce qu’il fait entrer l’extraordinaire dans la salle. C’est un théâtre qui raconte l’humain dans un lieu de rêves et de cauchemars, et où chaque spectateur peut voir la tragédie se jouer en lui, dans le secret de sa nuit.

 

 

Il y a quelque chose de grotesque dans ces corps érotisés se déformant un instant puis laissant apparaître ensuite des clowns ou des machines bizarres. Ce qui casse tout voyeurisme. Sous les masques et derrière les grimaces, on est troublé de découvrir des visages effondrés.

 

La scénographie aux allures baroques et masochistes se prête bien à la salle ; le miroir au fond de la scène, tenu par des chaînes, me fascine. Il semble murmurer : « Je vous vois, regardez-moi, ne baissez pas les yeux ». Miroir où se reflètent aussi les visages des spectateurs subjugués ou déconcertés. Le voile noir de miss Knife, à la fois obscur objet du désir et tombeau, apporte sensualité et mystère. Comme aussi la musique de Jean-Yves Rivaud, remarquablement interprétée au piano par Thierry Ménard. Je regrette juste que ce cabaret ne soit pas plus « glauque », dans les derniers instants. Comme ces cabarets de Rainer Werner Fassbinder au chaos sale, sensible et désarmant.

 

Ce qui m’émeut par-dessus tout, c’est le jeu des comédiens. Et, dans ce cabaret, ils viennent défendre quelque chose d’exceptionnel. Sandrine Chaveau est belle dans son apparente impassibilité, et quelle voix ! De son côté, Clémence Porte est une grande comédienne, sauvage et à fleur de peau, avec l’ego dans les chaussettes. Malheureusement, Loïc Rescanière s’efface un peu, c’est dommage. En tout cas, ils nous entraînent vraiment tous dans un univers riche et foisonnant. Ici, pas de sons émis dans leurs cris. Juste l’énigmatique expression tragique sur leurs visages. Et le rire convulsé et indécent de leurs âmes. 

 

Nouah Matlouti

Les Trois Coups

www.lestroiscoups


Comme un ange bleu au cabaret de Miss Knife, d’Olivier Py

Cie Argile Théâtre et Compagnie de la Licorne-de-Brume • le Four banal, rue de l’Église • 30133 Les Angles

04 66 22 96 55

argiletheatre@yahoo.fr

Mise en scène : Dominique Davin

Avec : Sandrine Chauveau, Clémence Porte, Loïc Rescanière

Piano : Thierry Ménard

Costumes : Steffan di Marco

Lumières : Vincent Lemoine

Théâtre du Cabestan • 11, rue Collège-de-la-Croix • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 11 74

Du 10 juillet au 2 août 2008, à 20 h 45

Durée : 1 h 15

15 € | 10 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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