Vide et Vidéo sont dans un bateau…
Le nom de la troupe m’avait tapé dans l’œil : Tarte aux plumes. En voilà un joli nom, m’étais-je dit. Voyons voir : « Entre poésie et roman »… Bon, me voilà en route pour le Théâtre des Lucioles, où ladite compagnie présente « Mes larmes » d’Isabelle Rossignol, mis en scène par Christelle Derré. Une complainte populaire dite par un drôle de petit bout de femme, qui parle toute seule. « J’arrive pas à ne plus l’aimer, répète-t-elle, j’arrive pas… j’arrive pas. » Et puis ? C’est tout : « elle arrive pas ». Et nous, on n’arrive pas à voir dans tout ça un spectacle !
Une femme abandonnée par son compagnon est obligée de vivre tout de même avec lui, le temps de trouver un nouveau logement. Voilà pour le thème. De furtives scènes sans intérêt de la dame avec le monsieur et des tartines de jérémiades, entrecoupées des inévitables vidéos projetées sur les inévitables écrans censés être le décor. Voilà pour la forme.
Quand donc apprendra-t-on à faire meilleur usage de ces satanées vidéos ? Vous me direz : il faut bien qu’ils apprennent ! D’accord. Disons alors que les vidéos ne sont pas mal faites, mais que, pendant qu’on les regarde, on ne voit plus le spectacle tant elles s’y intègrent mal. On a, à ce moment-là, un court-métrage sans son et plus de pièce. Avouez que c’est bête !
Ça démarre pourtant plutôt bien. Anne Dupuis (la dame) a de la présence et du talent. Elle campe son personnage avec une très grande justesse. D’autant que, bonne surprise, son texte est drôle et bien écrit. Gouailleur, nerveux, presque célinien. On se dit : « Ne respirons plus, nous tenons enfin notre Carole Fréchette… » Je parle de l’auteure canadienne. Et puis non, une demi-heure plus tard, la dame rabâche toujours les mêmes sornettes.
De lui (Gilles Comode), je ne sais trop quoi dire, on ne l’entend pas. Je veux dire que cet « amant » n’a aucun texte. Ah si ! À un moment donné, il dit : « On ne peut plus tous les deux. Il faut qu’on arrête. » C’est vous dire à quel point c’est « bouleversifiant »…
Un mot sur les costumes, qui pour une fois sont remarquables, mais… Mais quoi ? Eh bien ils ont tendance à dédramatiser une histoire qui n’est déjà pas très dramatique, à donner à l’ensemble une fâcheuse irréalité alors que le texte parle d’indigestion, du prix des appartements, de « mec qui n’aide pas » quand il faut ranger, ce genre de choses.
Le sujet est si rebattu et l’enjeu si microscopique que, après avoir un temps couru dans tous les sens, la mise en scène (ou l’actrice ?) s’essouffle et jette bientôt l’éponge. Juchée sur un carton, Anne Dupuy ne fait plus que débiter son texte en attendant que le noir final se fasse enfin. Et nous donc ! Une heure qui paraît un siècle.
La mise en scène laissait pourtant présager des tas de bonnes choses. Cette idée de métro qui passe… et repasse comme dans un rêve et, elle, la pauvre dame, qui ne peut plus décoller de sa banquette… Plus tard cet essai de tango à la Pina Bausch avec cet amant inerte, ce canapé qui fait gondole, cloison, puis confessionnal. Les énormes cartons, que j’ai moins aimés. Un quart d’heure pour les installer, paf une vidéo ! Ah non !
Un jour, à un spectacle de Bob Wilson, j’en ai eu tellement assez de ces intermèdes qui ne disent pas leur nom, pendant que tout bonnement on change le décor, que je me suis mis à beugler : « Esquimaux ! Chocolats glacés ! » Une association d’idées. La Tarte aux plumes l’a échappé belle. Qu’elle trouve un vrai écrivain de vrai théâtre, c’est tout. La dame qui a écrit Mes larmes n’est pas en cause. Il est peut-être formidable, son roman. Achetez-le et qu’on n’en parle plus. ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups
Mes larmes, d’Isabelle Rossignol
Compagnie La Tarte aux plumes • 67, rue de la Cathédrale • 86000 Poitiers
05 49 11 91 25
Mise en scène : Christelle Derré
Avec : Anne Dupuis, Gilles Comode
Scénographie et régie vidéo : Laurent Meunier
Créations musicales : Nicolas Jules
Lumières et son : David Couturier
Création musicale : Pascal Charpentier
Régie plateau : Guillaume Robin
Costumes : Cédric Tirado et Clément Robert
Réalisation vidéo : Julien Deka
Production La Tarte aux Plumes avec le soutien de la région Poitou-Charente et la ville de Poitiers
Théâtre des Lucioles • 10, rue du Rempart-Saint-Lazarre • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 14 05 51
Du 10 juillet au 1er août 2008, à 19 heures
Durée : 1 h 15
10 € | 7 €
Les Trois Coups, c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”
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