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22 juillet 2008 2 22 /07 /juillet /2008 12:31

Ce qu’on pouvait être con !


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


Le Théâtre du Balcon accueille « Agnès 68 », écrit et mis en scène par Jacques Kraemer. Une évocation de mai 68 à travers les émois de deux comédiens « engagés » devant leur jolie partenaire, vierge à tout point de vue, au cours d’une tournée de « l’École des femmes ». L’émancipation vue par Molière, elle-même vue par une troupe d’hier, le tout raconté par un auteur d’aujourd’hui. Pas nouveau nouveau. Ni mauvais mauvais.

Jo met en scène la pièce dans laquelle il joue Arnolphe. Antonin fait Horace, Lili Agnès. Joseph, qu’on appelle Jo, est communiste depuis toujours, Antonin fonce dans le gauchisme tête baissée, Lili quitte sa tenue de « minette » pour fumer son premier pétard et mettre des jeans. Ses charmes affriolent Antonin, sa jeunesse trouble Jo, père de famille. La promiscuité, fatale en tournée, fera le reste.

Une estrade et un rideau rouge barrent la scène tout du long. Quand celui-ci s’ouvrira, nous verrons une loge de théâtre, puis une chambre d’hôtel, puis un bar, stations obligées de la vie d’artiste. Présent partout, le poste de radio (on disait le transistor) situe commodément l’action. On y entend Bob Dylan et Gainsbourg ainsi que les solennelles inepties des acteurs de l’autre scène : celle de l’histoire où ils pataugent. Malraux, mais aussi le préfet de police, Georges Séguy et même Jean-Louis Barrault sont ainsi pris « la main dans le sac », en train de dire n’importe quoi. Ça marche toujours : des rires fusent.

Le reste du texte est fourni soit par Jacques Kraemer, soit par Molière. Nous partageons en effet la vie d’une troupe sérieuse, où on continue de répéter même en tournée. Sérieuse et même passionnée, puisque c’est quelquefois dans la chambre de la demoiselle. Ce sont les meilleures scènes. Celles où Lili et Jo se disent à peu près tout en travaillant ensemble sur des répliques de 1662. De la difficulté d’être à la foi ancien et moderne, acteur et metteur en scène, partenaire et marié, pur esprit et faible chair.

Marion Lubat s’en tire bien. Sa Lili est novice à souhait puis nunuche, propre sur elle puis paumée, profonde, vraie. Si les petits cochons ne la mangent pas, on en fera quelqu’un. À mon avis, Philippe Canales est un peu jeune pour le rôle, mais son Jo, au départ récité, s’anime peu à peu et tient debout. Encore quelques représentations et on y sera. Simon-Pierre Ramon a un peu plus de mal. Même chose que pour le précédent. Si je peux me permettre de leur donner à tous un conseil : qu’ils démarrent plus en douceur. L’acoustique du Balcon est des meilleures, pas besoin de brailler.

Au final, on a une pièce qui fonctionne beaucoup sur le côté « C’est vrai, on était comme ça ! Tu te souviens ? ». Le personnage de Jo est le plus intéressant. On peut seulement regretter que l’auteur n’ait pas tiré meilleur « parti » (avec un jeu de mot) de ses contradictions. Car c’était le vrai sujet, et aujourd’hui encore le zizi nargue l’utopie, qui ne sait toujours pas qu’en penser. N’empêche qu’à la scène finale, on a un pincement de cœur alors que notre « néo-brechtien » se soûle de paroles pendant que les deux autres… Ce qu’on pouvait être con ! 

Olivier Pansieri


Agnès 68, de Jacques Kraemer

Compagnie Jacques Kraemer

compagnie.jacques.kraemer@wanadoo.fr

Mise en scène : Jacques Kraemer

Avec : Philippe Canales, Marion Lubat, Simon-Pierre Ramon

Assistant à la mise en scène : Jean-Philippe Lucas Rubio

Scénographie : Sarah Lefèvre

Costumes : Anne Bothuon

Lumières : Nicolas Simonin

Maquillages : Suzanne Pisteur

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 00 80

Du 11 juillet au 1er août 2008, à 16 heures

Durée : 1 h 10

16 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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