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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 20:37

Au croisement des désirs

 

Le Théâtre du Roi-René. Des colonnes, de la pierre, des dalles… Grâce et élévation. Quand soudain la première image de « Juliette ou la Clé des songes » vient troubler ma quiétude : M. Lambda et une Bunny avancent droit devant moi. Entre eux, un espace vide. Silence. Une seconde. Silence. Une minute… Où-suis-je ? Qu’ai-je fait… En l’espace de cinq minutes, mon a priori est renversé, le temps de plonger dans cette ambiance fantasmatique. Bien, j’aurais du me taire.

 

Michel, un homme ordinaire, est attiré par une fenêtre d’où s’échappe une douce romance. Là, il aperçoit la plus ravissante femme au monde. Trois ans plus tard, à force d’entendre cette voix dans son sommeil, il décide de revenir au même endroit retrouver sa Juliette. Le train le mène dans une ville où les habitants ont perdu la mémoire. Une ville où il n’y a pas de train. Avides du passé des étrangers, les habitants lui réclament de leur compter ses plus anciens souvenirs pour se les réapproprier. Michel est alors confronté à une galerie de personnages étranges, inquiétants, hors du temps. Bientôt, il ne fera plus lui-même confiance en sa mémoire et glissera vers la rêverie, toujours à la recherche de Juliette, objet de désir de tous les hommes. Mais le bureau central des rêves n’accepte que ceux qui sont en règle…

 

La scénographie est minimaliste et efficace : le décor, composé de cubes de différentes tailles offre un espace scénique large et transformable. Les costumes en vinyle ou les ensembles avec chapeau melon renvoient à une cohérence esthétique. Le tout est placé sous l’emblème du tricolore : noir, blanc, rose. L’ambiance oscille entre burlesque et absurde, surréalisme et abstraction.

 

 

Le choix de cette esthétique met l’accent sur l’inscription des corps et des mots dans l’espace. Les dix comédiens doivent suivre ce chemin de la métamorphose. Leur jeu devient alors primordial pour nourrir et compléter le parti pris de leur metteur en scène Marc Pascual. La demi-mesure aurait abouti à un travail plus que médiocre. Leur engagement, leur énergie, leur précision gestuelle et technique, tout cela fait de leur travail un spectacle captivant et riche. Tous les personnages sont dessinés avec soin et grande justesse.

 

Plus que tout, l’esprit de troupe est au rendez-vous. Ces comédiens sont là pour faire parvenir ensemble, sans retenue ni timidité, un message au public. Ils sont au service de l’auteur et très à l’écoute les uns des autres. L’humilité et la générosité paient : le texte parvient admirablement à nos oreilles. On se pose des questions, on réfléchit, on est curieux… En bref, le spectateur vit et réagit avec l’histoire, et la barrière entre la scène et le public s’estompe.

 

C’est ainsi qu’il me serait impossible de citer un comédien en particulier, mais il serait tout autant impossible de n’en citer aucun. Un grand bravo donc à Adeline Orain, Jérémy Malkhior, Carole Bousquet, Samuel Forst, Audrey Franc, Caroline Delaunay, Vincent Desmoustiers, Pauline Pinsolle, Stéphane Aubry et Mélanie Bouvier. 

 

Aïda Asgharzadeh

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Juliette ou la Clé des songes, de Georges Neveux

Compagnie Soja Fu • 6, rue Philippe-de-Girard • 75010 Paris

06 14 67 37 60 

www.myspace.com/sojafu

Mise en scène : Marc Pascual

Avec : Samuel Forst, Carole Bousquet, Audrey Franc, Adeline Orain, Stéphane Aubry, Pauline Pinsolle, Caroline Delaunay, Mélanie Bouvier, Jérémy Malkhior, Vincent Demoustiers

Costumes : Lhakim Ziada

Décor : Soja Fu

Photos : Manon Haziel, Tony Lourenço

Graphisme : Adrien Labbe

Lumières : Thomas Jacquemart

Théâtre du Roi-René • 6, rue Grivolas • 84000 Avignon

Réservations : 06 15 49 79 06

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 21 h 30

Durée : 1 h 35

15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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