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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 11:39

Jouer la vieillesse : pari difficile

 

Aux abords des remparts est de la ville, Le Célimène propose « les Chaises », texte de cet auteur hors normes qu’est Eugène Ionesco. Pour mettre en scène cette pièce sur le regret, l’ambition, la solitude, Thibault Charbonnel semble choisir de nous imposer au premier abord une distance.

 

Nous sommes dans un petit appartement de retraités. Ils parlent de leur passé, de ce que le vieux aurait pu devenir « s’il s’en était donné la peine », de ce qu’il pourrait peut-être encore accomplir s’il voulait bien essayer… Jusqu’à ce que l’homme prenne une décision. Le processus de la gloire est alors lancé, et une multitude de célèbres inconnus, jusqu’à l’empereur en personne, tous plus envahissants les uns que les autres, va investir l’appartement.

 

Réticente devant le résultat quelque peu clownesque de ces jeunes comédiens interprétant deux vieillards, ainsi que devant un décor quelque peu « cheap », je ne me suis pourtant pas ennuyée. Pour la première partie de la pièce, les personnages manquent de cet handicap physique et de cette concentration ponctuelle d’énergie si caractéristique aux personnes âgées. Mais la sauce monte plutôt bien ensuite. Et le jeu de mise en place de la salle de réception dans cet appartement donné pour minuscule rend assez bien la panique grandissante du couple : on voit se remplir la salle et les personnages être débordés et séparés, bien qu’ils ne soient jamais que deux en scène. Par ailleurs, je dois avouer que ce parti pris de prendre de jeunes comédiens pour incarner des vieux rend possible un décalage de voix vraiment intéressant : Sémiramis (la vieille) se dédouble en songe, et un flash de ce passé ressurgit sous nos yeux.

 

Ils sont deux en scène et auraient mieux fait de le rester. L’arrivée de ce troisième larron, cet orateur tant attendu, ne me convainc pas après avoir accepté cette foule invisible, et me laisse à penser qu’il s’agit d’un personnage égaré, issu d’une autre pièce. Costumé de façon complètement différente, il détonne et nous sort de l’effervescence ambiante. Ce personnage tout vêtu de noir, avec sa rose rouge à la main, et qui pousse un cri incongru, incarne peut-être la mort. Mais la figurer est toujours extrêmement périlleux.

 

Les costumes, eux aussi clownesques, sont ridicules et, pourtant, collent aux personnages. Ils nous troublent et nous dérangent au début, puis progressivement, on les oublie, on les accepte, on entre dans le jeu, ils deviennent normaux.

 

La musique, elle non plus, n’est pas toujours opportune et l’irruption d’un extrait de musique contemporaine dénote un peu, mais comme pour tout le reste, on passe, et on regarde.

 

La mise ne scène se veut dans l’esprit de l’auteur, mais souligne un peu trop le côté absurde. De plus, des comédiens plus âgés auraient été plus émouvants. Ce choix nous met à une certaine distance. Mais les comédiens se débrouillent bien et rendent crédible ce parti pris pourtant difficile. 

 

Isabelle Desalos

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Chaises, d’Eugène Ionesco

Le Comptoir des mots • quartier Condamine • 84570 Mormoiron

06 10 56 73 03

bouchet.sebastien@wanadoo.fr

Mise en scène et scénographie : Thibault Charbonnel

Avec : Alice Chevalier, Thibault Charbonnel et Sébastien Bouchet

Création musicale : Pierre Nicolas

Décors : Philippe Henri

Le Célimène • 25 bis, rue des Remparts-de-l’Oulle • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 96 13 | 06 15 90 34 36

Du 10 juillet au 2 août 2008  à 19 h 45, relâche le 21 juillet

Durée : 1 h 20

15 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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