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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 02:21

Ni bien ni mal… Décevant

 

Sur le petit plateau du Magasin Théâtre, Jocelyne Auclair et Joëlle Bobbio, de la compagnie du Dragon relèvent un pari alléchant : porter à la scène les « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio, mâtinées d’extraits du « Rire sur ordonnance » de Jean-Charles. On se souvient de la truculence du texte de Gourio et on espérait que ces petits bijoux de drôlerie seraient à la fête pour leur vingtième anniversaire. Malheureusement, et malgré tous les efforts des deux interprètes, la performance se révèle décevante et sans saveur particulière. À l’image de son titre, « Si ça fait pas de bien… ça fait pas de mal », ce spectacle est en demi-teinte et ne décolle pas durant l’heure et quart de représentation.

 

Lorsque le public quitte l’agitation de la rue des Teinturiers pour entrer dans le théâtre, il est accueilli dans une « salle d’attente ». C’est le lieu que Jean-Marc Molinès, qui signe la mise en scène, a choisi pour faire évoluer ses personnages. Malgré la relative pauvreté du décor, qui consiste en une rangée de chaises faisant dos à la foule, l’idée est intéressante et bien amenée. D’abord, chaque spectateur se voit distribuer un ticket numéroté, qui l’intègre pleinement dans la situation. Puis les deux femmes entreront par la même porte que leur auditoire pour aller, elles aussi, attendre, mais sur scène. Cependant, la bonne idée de départ en restera là. Cet espace ne sera ni exploité ni mis au service de ce qui se vit et de ce dit sur le plateau. Malgré le réagencement régulier des sièges par les comédiennes, la salle d’attente apparaît comme un lieu accessoire, un gadget auquel les personnages eux-mêmes ne croient pas. En dépit de la bande-son qui, régulièrement, égrène les numéros appelés, l’attente n’existe pas. À part, peut-être, celle du spectateur, qui aimerait voir le spectacle décoller avant les applaudissements finaux.

 

« Si ça fait pas de bien, ça fait pas de mal ! »

 

Le problème majeur de Si ça fait pas de bien… ça fait pas de mal réside dans son absence de rythme. Les saillies jubilatoires que Gourio a collectées au fil des troquets, des années durant, ont une grande dimension clownesque. Pour en rendre toute la saveur, il est essentiel de maîtriser les silences, les accélérations, les jeux de regard (au public et au partenaire). Dans ce domaine, le travail de Jocelyne Auclair et de Joëlle Bobbio manque cruellement de précision. Le tempo n’est pas le bon. C’est fort dommage, car, de prime abord, leur duo pourrait tout à fait fonctionner. D’un côté, la petite ronde énergique et gaillarde, de l’autre, la grande coincée, apeurée mais curieuse : les ingrédients sont là pour un comique efficace. Mais leur manque d’écoute et leur approximation ne permettent pas à ce potentiel de se développer. Et si Joëlle Bobbio fait de belles propositions clownesques et apporte une vraie énergie, Jocelyne Auclair, elle, nous joue malheureusement une partition bien timide. Assez inégale dans son jeu, la comédienne chante parfois les mots, esquisse les choses sans les aboutir, nous explique ce qu’elle joue en minaudant beaucoup, bref, manque de simplicité, d’implication et, malheureusement, de générosité.

 

Néanmoins, et malgré leurs limites en termes de jeu, on sent les deux comédiennes pleines de bonne volonté. Elles sont attendrissantes, ces deux dames. Un charme un peu désuet émane de leur prestation, malgré sa maladresse. À mon sens, interpeller le public dans les spectacles comiques relève souvent du vulgaire, voire du trivial. Mais quand elles invitent l’assistance à chanter ou à venir sur scène, on les sent pleines d’élan et sans la moindre peur de la grivoiserie. Le public est ravi, les rires de contentement fusent quand les amis montent sur scène, mais tout cela reste fort anecdotique. Le nœud du problème est là : à force de chercher à tout prix un fil narratif à ces petites phrases qui n’en ont pas entre elles, la mise en scène tombe dans le dérisoire. On perd ce qui fait le sel de ces brèves, leur essence, à savoir la vie elle-même, dans son jaillissement le plus vif. La question qui se pose bien évidemment est : peut-on rendre ce texte théâtral ? Comment le dire sans tomber dans la litanie et le rendre indigeste ? Et, sans le vouloir, Jean-Marc Molinès témoigne d’un grand manque de confiance dans les écrits de Gourio. Car, en définitive, les Brèves de comptoir n’ont pas besoin, pour déployer leur force comique, d’une situation qui les excuse, de personnages qui les expliquent. Au contraire, elles se suffisent à elles-mêmes en tant que jaillissements d’une intense vitalité. À force d’essayer de les densifier avec des gadgets et des à-côtés, le metteur en scène les noie. Malgré ses intentions louables, ce spectacle ramène les Brèves à ce qu’elles seraient restées sans la plume de Gourio : banales, ternes et sans relief. Quel dommage. 

 

Élise Noiraud

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Si ça fait pas de bien… ça fait pas de mal ! d’après les Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio et le Rire sur ordonnance de Jean-Charles

Compagnie du Dragon et compagnie Théâtre al dente • 15, rue Arthur-Groussier • 75010 Paris

01 42 01 63 88

cie.dudragon@wanadoo.fr

Mise en scène : Jean-Marc Molinès

Avec : Joëlle Bobbio et Jocelyne Auclair

Musique originale : Thierry Stremler

Magasin Théâtre • 31, rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 23 23

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 17 heures

Durée : 1 h 15

15 € | 10 € 

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

LARGILLIERE 21/07/2008 17:12

Bonjour,Je viens de lire votre commentaire un peu trop"intello" pour ce genre de spectacle. Ce que l'on demande c'est de rire pas de se poser des questions métaphysiques sur la nature littéraire des brèves de comptoir.J'ai vu ce spectacle à Paris, j'ai ri, j'y allais pour cela, et cela me suffit.Jean Pierre Largillière

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