Partager l'article ! « La Brasserie de l’univers », de Roland Dubillard et Jean-Michel Ribes (critique de Sarah del Pino), Le Petit Louvre à Avignon, Avignon Off ...
ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une brasserie pas comme les autres
C’est à un beau voyage à travers les mots et l’imaginaire que nous invite la compagnie du Théâtre du Barouf dans sa création 2008 présentée au Petit Louvre, « la Brasserie de l’univers ». Une brasserie dont la carte ravira les gourmands de l’absurde : une vingtaine de friandises à déguster avec délectation. On en redemande !
C’est une salle de brasserie en apparence bien ordinaire : quelques tables, des chaises, un piano sur le côté, et un garçon de café… Mais
voici que tout s’emballe : la pianiste boit du Coca bénit, le client trouve une boule de pétanque dans son potage, et une présentatrice de télé passe une annonce depuis sa chaise de
bistrot ! Et tout ceci le plus naturellement du monde… De quoi en perdre son latin, ou plutôt son grec, puisque au détour d’une digression linguistique on veut même rajouter des lettres au
mot « théâtre » !
En assemblant des textes de Roland Dubillard et de Jean-Michel Ribes, qu’ils font vivre dans le cadre d’une brasserie créée de toutes pièces, Gilles Guillot et Isa Mercure nous invitent à un spectacle réjouissant, où s’enchaînent monologues, chansons composées par Gilles Guillot et dialogues croustillants. Mais ce spectacle, où réel et absurde, rire et gravité se côtoient aisément, n’est pas seulement réjouissant : il interroge aussi nos vérités toutes faites, les discours officiels, la pseudo-normalité – et bien sûr le grand médiateur : le langage, dans ce qu’il recèle d’étrange et d’arbitraire.
Le pari de la mise en scène, de créer un «entre-deux » entre l’ordinaire et l’extraordinaire, le quotidien et l’absurde, est relevé. Celle-ci aurait néanmoins pu être plus enlevée et créer du lien entre les diverses saynètes, afin de rompre le caractère parfois monotone de leur succession. D’autant que la scénographie aux couleurs chatoyantes et les costumes pittoresques nous plongent dans un univers résolument théâtral.
Quant aux personnages, ils sont divinement croqués : de Bernard Menez, réfléchissant en académicien patenté à la dernière phrase qu’il laissera à la postérité, à Héloïse Guillot et Nicole Vassel penchées sur un compte-gouttes, en passant par le sage directeur joué par Jean-Pierre Moulin. En « allumée de la télé » au ton délicieusement sardonique, Isa Mercure est exquise.
Si le rythme porté par les textes et les chansons se trouve donc un peu affaibli par la mise en scène, on passe à la Brasserie de l’univers un moment très agréable, et on en ressort avec moins de certitudes, plus de curiosité qu’en y entrant. Bon appétit ! ¶
Sarah del Pino
Les Trois Coups
La Brasserie de l’univers, de Roland Dubillard et Jean-Michel Ribes
Le Théâtre du Barouf • 23, rue René-Lefebvre • 77760 Villiers-sous-Grez
01 64 24 26 97
Mise en scène : Gilles Guillot
Avec : Jean-Pierre Moulin, Bernard Menez, Gilles Guillot, Isa Mercure, Nicole Vassel, Héloïse Guillot
Scénographie : Jean-Michel Adam
Costumes : Brigitte Le Brigand
Texte chanson : Gilles Guillot
Musique : Jacques Livenais
Lumières : Vyara Stefanova
Régie : Gonzag
Diffusion : Edna Fainaru
Théâtre du Petit-Louvre, chapelle des Templiers • 3, rue Félix-Gras • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 85 25 87
Du 10 juillet au 2 août 2008 à 12 h 40
Durée : 1 h 20
16 € | 11 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires