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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 18:34

Shitzcom

 

J’assiste à la Caserne des pompiers à la dégradation d’une pièce musicale d’Hanock Levin : « Shitz ». Le spectacle de Christine Berg dessert l’écriture et amoindrit le propos politique et philosophique de cet auteur israélien décédé prématurément en 1999. C’est l’incompréhension et le manque de subtilité face à son œuvre qui rend vulgaire et sans intérêt le texte d’un grand dramaturge. La mise en scène et la direction d’acteur montre Hanock Levin comme le type marrant qui fait des blagues douteuses pour amuser la galerie.

 

Shitz est le nom d’une famille juive, réunissant la mère, le père et la fille. Dans ce microcosme où rien ne se passe, les seules marques d’amour sont des moqueries, des insultes et des menaces. Mais rien dans ce quotidien ne semble les déstabiliser ou les émouvoir. Puis, un jour, on décide de marier la fille ou plutôt de se débarrasser d’elle avant qu’il ne soit trop tard. Avant qu’elle ne puisse plus trouver quelqu’un qui veuille bien d’elle.

 

Quand enfin elle croit rencontrer l’homme de sa vie, la fille ne se rend pas compte de la « terreur » qu’elle invite chez elle. Celui qu’elle appelle désormais son fiancé s’empare petit à petit des lieux. C’est une petite frappe qui connaît bien les fils de la manipulation et s’en sert sans éprouver la moindre culpabilité.

 

Cette pièce raconte l’ascension et la descente aux enfers des petites gens médiocres. Des arrivistes, des menteurs impénitents, des opportunistes jusqu’à la moelle. Des gens lucides sur leur méchanceté, qui selon eux, est leur seul moyen de survie dans un monde qui ne leur fera pas de cadeau. Hanock Levin grossit donc les traits de la laideur pour en extraire le suc malade de nos âmes. Il questionne la peur qui dévore tout sur son passage et qui pousse l’homme à aboyer, à dominer, à déshumaniser, à exterminer. Faire de l’autre une victime, un déchet. Pour mieux le dominer ou pour le rendre fou jusqu’au suicide ou au meurtre ?

 

J’aime l’idée de mettre en espace des personnages dans un cirque, mais on cet univers s’évapore. On est dans l’incertitude : est-ce un plateau télé ou un cabaret ? Il y a des choses qui sont si peu assumées dans la mise en scène – l’intervention théâtrale du musicien et les monologues des comédiens – que cela me fait penser parfois à un spectacle amateur. Je ne supporte pas la volonté qu’ont les artistes de vouloir faire rire à tout prix. Et, malheureusement, passé les deux premières minutes du spectacle tout devient ennuyeux. Alors que cette pièce est d’une grande force comique et l’écriture délirante, un jeu plus sobre, plus intérieur aurait évité tous ces gestes explicatifs à la limite de la grossièreté, ces clins d’œil cabotins au public et ces blagues douteuses. Le rire ne passe pas la rampe. Comme toute la pièce est jouée ainsi, quand arrive un semblant d’interrogations, le sens existentiel de chacun des personnages manque alors grandement de sincérité. Le tragique arrive à la fin comme un cheveu sur la soupe. L’alliance des sentiments contradictoires chez les personnages fait la beauté et le mystère d’une pièce. Mais, là, je n’y crois plus, et je me demande si les comédiens y croient encore.

 

Les comédiens ont des qualités certaines, mais, avec une direction d’acteur bancale, ils restent en surface. Je suis déçue, car j’admire l’écriture acérée de cet auteur, qui aime vraiment ses personnages malgré leur méchanceté et leurs faiblesses. Hanokh Levin a dérangé et dérange toujours parce qu’il dit la vérité. Malheureusement, ce spectacle diminue la portée des mots de cet homme. 

 

Nouah Matlouti

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Shitz, de Hanokh Levin

Cie Ici et maintenant • 10, rue de l’Abbaye • 51000 Chalons-en-Champagne

Ici.maintenant.theatre@wanadoo.fr

Mise en scène : Christine Berg

Avec : Mélanie Faye, Laurent Nouzille, Vincent Parrot et Gisèle Torterolo

Musiciens : Elena Lloria Abascal, Vincent Lecrocq ou Olivier Durand et Damien Roche

Scénographie : Renaud de Fontainieu

Lumières : Pablo Roy

Musique originale : Lyonnel Borel

Costumes : Juan Morote

Maquillages : Nathalie Charbaut

Du 4 au 26 juillet 2008 à 21 h 30, relâche les 7, 14 et 21 juillet

Durée : 1 h 25

13 € | 9 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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