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20 juillet 2008 7 20 /07 /juillet /2008 15:21

Ils s’en sont sortis


Par Audrey Chazelle

Les Trois Coups.com


La compagnie Hocemo Théâtre présente le travail qu’elle conduit depuis 2005 sur « le Diable en partage », de Fabrice Melquiot, au Théâtre Golovine, sous la direction de Lise Quet. Tous sont d’anciens camarades de l’école Claude-Mathieu et ont choisi de plaider pour un théâtre épique, engagé et populaire.

Ils sont huit sur le plateau pour dire tout haut ce que l’auteur voulait « gueuler ». Parce qu’il écrit avec une réelle volonté de rappeler « l’existence de ces terres à la dérive où l’humain disparaît », cette œuvre est une mine d’or pour un metteur en scène. Elle conjugue le fantastique avec le réel. Melquiot l’a écrit alors qu’il était en Bosnie. À Sarajevo, il rencontre Larko et Alma, qui vont devenir les personnages centraux de la pièce. Lui est croate, elle, musulmane. L’auteur s’est intéressé à leur histoire pour traiter de la guerre dans ce pays et « interroger les responsabilités de l’homme ». Le récit nous fait entrer en territoire intime, là où sommeille « son diable et son ange ». Lorko est un « déserteur » comme on les appelle. Un de ceux qui a préféré « courir jusqu’à l’envie de ne plus mourir ». Il pense à ceux qu’il a laissés et s’en souvient pour résister.

Parmi eux, il y a Elma, sa femme (jouée par Cindy Rodrigues), qui chante pour calmer son angoisse, pour éloigner les bombes. « Faut que je chante », répète-t-elle, « il faut que je chante ». Elle est touchante, cette Elma. Sa voix de velours ouvre l’épopée et cultive l’espoir tout du long. Alors que la guerre entre dans la maison, que Jovan (le frère) et Alexandre (le copain orphelin recueilli) s’engagent à leur tour dans l’armée, Elma résiste avec douceur aux sévices du diable. C’est un plaisir de l’entendre.

« le Diable en partage »

Jovan, c’est le plus jeune, le plus influençable, qui se rêve en « héros de guerre » parce que « ça en jette ». Avec sa gueule d’ange et ses airs de chien fou, il glisse lentement vers l’inhumain, l’amoral, dans les pas d’Alexandre, qui rentre du combat, un peu plus mutilé chaque fois. Tous les deux deviennent « des fous de guerre ». Le soir, en rentrant, ils s’entraînent à « tuer du musulman » dans leur cuisine. Et puis il y a les parents, qui tentent de sauver les meubles. Ce père qui note le coutumier dans son carnet, pour se rappeler « comment c’était avant, pour ne pas oublier ». Et la mère qui soigne les plaies, tricote, préserve le quotidien.

L’exploration de cette œuvre par la Compagnie Hocemo reste fastidieuse. Le rythme est là, mais le fil conducteur censé lier les épisodes entre eux est difficilement lisible. Le travail de groupe crée une mise en scène disparate. On perçoit la volonté de développer un théâtre pluridisciplinaire (le chant, la danse, la musique…) au détriment d’un travail plus intérieur, qui aurait pu conduire ces comédiens dans le lieu-dit de Melquiot : « une guerre au bord du cadre ». Ils ne déméritent cependant pas et parviennent à rendre compte de la dimension populaire de l’œuvre. Mais ils se dispersent trop et finissent par noyer le propos de la pièce. La frontière entre le réel et le fantastique est mouvante, et quand ces deux mondes se rencontrent, on ne sait plus où on est. La réalité dépasse la fiction. La violence est banalisée. Mais ici, la tension a tendance à se dissoudre dans une mise en espace chaotique.

Les interprètes sont pugnaces, le jeu, fébrile. Une faible écoute entre eux a pour conséquence, outre les quelques bafouillages, d’étouffer l’intensité de leur relation. Tous ne survivront pas à l’effroi de la guerre, mais l’espoir est sauvegardé et les personnages principaux sont sains et saufs. 

Audrey Chazelle


Le Diable en partage, de Fabrice Melquiot

Compagnie Hocemo Théâtre • la Souyrinie • 12850 Onet-le-Château

06 67 47 78 49

www.hocemo.fr

contact@hocemo.fr

Mise en scène : Lise Quet, assistée de Vanessa Fonte

Avec : Vanessa Fonte (la Femme au mouchoir), Marie Hébert (Sladjana), Julien Large (Jovan), Arnaud Le Hesran (Alexandre), Marc Plas (l’Italien, le Français), Cindy Rodrigues (Elma), Lionel Rondeau (Lorko), Laurent Sroussi (Vid, le Maton)

Création lumière : Jean-Philippe Morin

Théâtre Golovine • 1 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

theatre_golovine@yahoo.fr

Réservations : 04 90 86 01 27

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 18 h 10

Durée : 1 h 35

15 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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