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19 juillet 2008 6 19 /07 /juillet /2008 01:14

Jean Rouaud, un poète chanteur de blues


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Fidèle à sa vocation de laboratoire poétique, le Centre européen de poésie d’Avignon poursuit son travail de création en collaboration avec la musique et le théâtre en présentant « Jean Rouaud-Portrait chinois ». Un spectacle entêtant en deux parties : un texte de Jean Rouaud chanté par lui-même et une représentation de « la Fuite en Chine ». L’occasion est belle de découvrir la langue déliée tout en souplesse et circonvolutions de ce poète chanteur de blues.

Un homme au chapeau blanc entre et s’assoit sur scène, devant un micro. Il saisit sa guitare. C’est Jean Rouaud. Et l’histoire qu’il nous chante, c’est celle de sa Fiancée juive. Histoire de train et de baiser volé, échangé, de lèvres comme collées, histoire de train au départ pour une sainte échappée, sacré prélude à la Fuite en Chine. La fuite en Chine ou l’excursion en Poésie (terre d’exil).

Variation sur Claudel, le spectacle n’a gardé du Partage de midi que le personnage d’Ysé, un rôle que se dispute une femme fantasque (Karine Drouet), une actrice en mal de gloire (Agnès Thirouard) et dont dispose un metteur en scène (Julien Bourgeon) plus ou moins séducteur, dont on peut douter qu’il monte jamais la pièce. De là, le texte joue du pastiche, de la parodie, brode, multiplie les registres et les tons, fort d’une langue riche et retentissante, parfois folle, pleine de rythme et de rime, extravagante, toujours. Exotique aussi.

Ainsi, pendant ce temps, « la Rose-Ysé rosissait », comme une ritournelle. Le bateau du Partage, lui, devient gâteau en partage. La traversée prend des airs de fuite, et l’on sent soudain la langue partir, loin, loin… Et nous, nous d’approcher de la Chine de Claudel, par petits pas, pas à pas de côté, par chinoiseries verbales interposées, vaines, certes, mais si belles.

Malgré le dépouillement de la scénographie, des entrées et sorties malaisées, un éclairage quasi inexistant, le spectacle parvient cependant à maintenir l’attention grâce au jeu de comédiens visiblement familiers de ce beau texte, de fait, ainsi mis en valeur. On peut regretter quelques longueurs, être gêné par l’obscurité de ce voyage en Claudélie, qui ne mène nulle part, reste une découverte et un dépaysement, un horizon poétique qui s’ouvre pour qui ne connaissait pas Jean Rouaud. 

Cédric Enjalbert


Jean Rouaud-Portrait chinois, de Jean Rouaud

Cie La Devanture et Collectif Aparté • 9, place de l’Église • 44750 Campbon

www.campbon-ladevanture.com

Mise en scène : Michel Leca

Avec : Agnès Thirouard, Karine Drouet, Julien Bourgeon, Jean Rouaud

Centre européen de poésie d’Avignon • 4-6, rue Figuière • 84000 Avignon

Du 10 au 21 juillet 2008 à 15 heures

Réservations : 04 90 82 90 66

www.freewheel.com/poesieavignon

Durée : 1 h 30

14 € | 10 € | 7 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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