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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 20:02

Le feu sous la glace

 

« Hot House » révèle la dangereuse fragilité nerveuse de l’individu soumis au stress par la collectivité. « Hot House » est un avertissement pour dire que la maison brûle. « Hot House » a le feu au cul, mais garde la tête froide.

 

Hot House est une pièce de jeunesse, écrite en 1959, qui dévoile l’influence de Kafka sur Harold Pinter en tant que maître à penser. Il partage avec l’auteur tchèque l’angoisse de l’aliénation sociale et la phobie de la bureaucratie, des organisations qui légitiment et autorisent certaines formes de violence afin d’anéantir l’individu. Hot House se situe dans une institution menaçante et quelconque, une prison, une maison de repos, un hôpital psychiatrique. Le personnel, despotique, y a tout pouvoir sur une masse de patients invisibles et numérotés, preuves fantomatiques et angoissantes de la maladie, de la folie, de la décrépitude, de la mort.

 

L’œil sur la fourmilière, Pinter fait se démener les dirigeants et cadres de l’institution, peut être non moins fous, malades, coupables ou dangereux que leurs patients. Au delà des titres et des grades, très peu de choses distinguent les habitants du lieu, car tous sont pris et possédés par l’Institution, véritable protagoniste, qui décide de façon irrévocable du devenir de ses membres. Hot House, comme dans les contes ou les films d’horreur, renvoie à l’archétype de la maison hantée, cet organisme à la fois mort et vivant, trompeur et ambivalent, qui n’offre un abri que pour mieux asservir et anéantir.

 

« Hot House »

 

La pièce de Pinter révèle donc un univers électrique peuplé de personnages soumis à la tension permanente de l’exigence de la norme. Les pétages de plomb semblent d’autant plus inévitables que le cadre est ultrarigide. La mise en scène de Jérémie Le Loüet retranscrit surtout la bizarrerie, le décalage, l’humour anglais du texte, mais semble reléguer au second plan l’état de nerfs et la frénésie des personnages. Depuis la création de la compagnie des Dramaticules en 2002, Jérémie Le Loüet axe sa recherche théâtrale sur « la musicalité de l’acteur, le décalage et les variations de cadences ». En effet, le travail accompli sur le rythme et la musicalité est flagrant, dans les déplacements, gestes, et prises de parole des acteurs : cette mécanique de précision accentue l’absurdité, le comique, voire les aspects surnaturels de la situation dramatique.

 

Cependant il semble que la partition vienne parfois brider la progression dramatique, empêcher l’incandescence et la montée de l’intensité dans cette maison de feu… La glace très britannique qui recouvre les personnages finit par fondre un peu mollement, au lieu d’exploser à coup d’impulsions nerveuses et de crises.

 

Enfin, il est possible de mettre ce manque d’énergie sur le compte de la difficulté, pour les acteurs, de transcender la partition et de ne pas se contenter de bien la jouer. Car tout est bien joué, voire trop bien. Les temps sont calculés, les mots, les gestes. Ce qui produit pléthore d’effets comiques qui fonctionnent très bien. Comment dès lors ne pas se laisser prendre par la petite musique qui court d’un bout à l’autre de la pièce… Les acteurs, il me semble, ne s’autorisent pas à transgresser, habiter, investir la partition, ne s’autorisent pas à se surprendre, à dérailler, à déborder des cadres qu’on leur impose, comme le font pourtant dans leur univers les personnages de Hot House. Les acteurs semblent trop contraints, et j’ai ressenti, principalement dans leur voix, un peu de peine à donner une matière consistante, sonore et vivante aux personnages, à faire résonner dans l’espace les cris de douleur et d’angoisse d’insectes de ceux que la mécanique froide de l’institution s’apprête à écraser sous ses pas… 

 

Diane Launay

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir aussi la critique d’Olivier Pansieri pour les Trois Coups


Hot House, de Harold Pinter

Compagnie des Dramaticules • 3, rue des Martyrs • 75009 Paris

01 49 85 82 73

dramaticules@gmail.com

www.dramaticules.fr

Mise en scène : Jérémie Le Loüet

Avec : Julien Buchy, Laurent Papot, Anthony Courret, Jérémie Le Loüet, David Maison, Katarzina Krotki

Création costumes : Christophe Barthès

Création lumière : Jean-Luc Chanonat

Scénographie : Virginie Destiné

Régie : Thomas Chrétien

Diffusion : Noémie Guedj

Production : compagnie des Dramaticules

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 00 80

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 22 h 30

Durée : 1 h 30

16 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Philippe Caron 18/08/2008 12:26

Ce n'est peut-être pas le meilleur de ce qu'on pourrait attendre de cette pièce, mais c'est tout de même la pièce de Pinter que j'ai vue la mieux interprétée au festival d'Avignon depuis de nombreuses années.

julien 20/07/2008 21:59

D'accord sur la pièce et sur la grande précision de la mise en scène. Par contre je n'ai pas senti de déficit d'énergie, bien au contraire.Le jeu des comédiens est d'une grande maîtrise, d'une grande virtuosité alors qu'il leur aurait été si facile de se laisser aller à la complaisance des clichés, des clins d'oeil au public, des fausses improvisations, en un mot : au boulevard !Bravo à cette jeune compagnie que je ne connaissais pas. Ah si tous les spectables du off était du même niveau ...

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