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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 19:06

Heureux Tchekhov


Par Annabelle Verhaeghe

Les Trois Coups.com


La nuit tombera sous nos yeux ce soir : nous regardons « Oncle Vania à la campagne ». Le classique de Tchekhov est entièrement investi et dépoussiéré par le Théâtre de l’Unité. En outre, les comédiens ont greffé au texte original leurs propres commentaires et le personnage de la femme de Tchekhov, créée à partir de ses lettres. Les personnages ont chacun leur histoire et partagent un désir de s’évader, qu’ils nous transmettent par leur beauté.

Dès notre arrivée, le décor est campé par une comédienne qui nous invite à manger un morceau de brioche à tremper dans du sel. C’est une coutume russe pour souhaiter la bienvenue, précise-t-elle. Et tout au long de la pièce, les traditions russes viendront égayer nos sens tandis que l’esprit tchékhovien courra devant nous, incarné par tous les comédiens avec bonheur.

Sur le trajet menant à nos sièges de paille, plusieurs comédiens nous donnent, chacun leur tour, leur interprétation de la pièce. Nous participons encore au spectacle avec le défilement, sur un rail archaïque, de S.M.S. censés retranscrire certaines de nos pensées (« C’est encore long ? Ania, 7 ans ») ou délivrer un message, sur la vodka par exemple. De la même manière didactique et cocasse, les spectateurs ont droit à des explications de texte ou des descriptions de Tchekhov par sa femme. On nous montre ainsi littéralement les ficelles d’Oncle Vania. Sous les lanternes du Théâtre de l’Unité, la pièce m’apparaît avec une sorte d’omniscience onirique. Cela me permet de porter toute mon attention à la fois sur les personnages et sur l’ambiance champêtre et magique du lieu mis en scène.

Les comédiens investissent en effet l’immense espace vert avec clairvoyance et naturel. C’est très étrange de voir des personnages qui ont l’air de vivre dehors et de s’en accommoder, habillés mi-jean et tee-shirt jaune, mi-dentelle et chapeau ancien. Leur présence, doublée de celles des fantômes de la famille de Vania (Panxo Jimenez) et Véra (Natalia Wolkowinski), me transporte comme dans un autre monde, en un autre temps : en un passé qui se rejoue presque à l’identique. Du coup, les vicissitudes des personnages me semblent éternelles et me touchent.

Tout, dans la mise en scène et le jeu, concourt à cet effet d’étrangeté incarnée. Le résultat, c’est que j’ai l’impression d’avoir connu, le temps d’une soirée, l’univers dans lequel a vécu Tchekhov.

Lorsque le soleil se couche, les moujiks allument des feux, qui dansent sur les visages des acteurs. Devant nous, les passions s’attisent en vain. Finalement, ce n’est pas très grave, les fantômes sont toujours là et « il faut vivre », dit Sonia (Émilie Debard). Et même danser, pendant que nous claquons des mains, emportés, et qu’ils chantent un air russe. De quoi donner envie de voyager à nouveau avec eux. 

Annabelle Verhaeghe


Oncle Vania à la campagne, de Tchekhov

Théâtre de l’Unité • 9 allée de la Filature • B.P. 95168 • 25405 Audincourt cedex

03 81 34 49 20

info@theatredelunite.com

Mise en scène : Hervée de Lafond et Jacques Livchine

Avec : Max Bouvard, Philippe Coulon, Emilie Debard, Hervée de Lafond, Marcel Djondo, Catherine Fornal, Alix Guet, Zita Guet, Gill Herde, Panxo Jimenez, Jacques Livchine, Valérie Moureaux, Gaetan Noussouglo, Natalia Wolkowinski, Claudine Schwarzentruber, Nathalie Mielle et Marie-Leïla Sekri

Régie : David Mossé

Villeneuve-en-scène • place Charles-David • 30400 Villeneuve-lès-Avignon

administration@villeneuve-en-scene.com

Réservations : 04 90 26 07 40

Du 6 au 21 juillet 2008 à 20 h, relâche le 15 juillet

Durée : 2 h

17 € | 15 € | 6 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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