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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 17:12

Rencontre avec Renaud Danner, acteur

 

Dans « Stan Kokovitch, acteur » à l’affiche au théâtre Le Petit Louvre, Renaud Danner joue un solo dont il est également l’auteur, dans une mise en scène signée Rémi De Vos. L’histoire est celle du quotidien d’un acteur. Quotidien semé de difficultés, de peurs et de surprises tant dans les rapports professionnels qu’affectifs. Après son solo, je l’ai rencontré pour un entretien. La conversation à bâtons rompus a été très agréable. Il s’est livré, en effet, simplement avec sa fragilité et ses failles.

 

C’est ta première expérience en tant qu’auteur ?

Oui, l’idée m’est venue après la dernière représentation d’un spectacle que j’ai joué « Quand j’étais singe », d’après le Rapport pour une académie de Franz Kafka ». C’est l’histoire d’un singe qui raconte comment il est devenu un homme. Ça m’a touché que quelqu’un parle de la solitude de l’artiste à travers les yeux et la sensibilité d’un animal. J’ai ressenti la nécessité d’écrire. Raconter l’histoire d’un comédien en proie au doute et entouré de personnes qui, eux, ne doutent de rien. Des personnes comme machines à parler et à débiter une vérité qu’ils estiment parfois être la seule possible. De raconter aussi la position de l’acteur aujourd’hui dans une société formatée.

 

Pour cette création tu as fait appel au metteur en scène Rémi De Vos ? Peux tu me dire pourquoi ?

Rémi est d’abord auteur, mais aussi acteur et metteur en scène. Nous avons joué ensemble dans deux spectacles et, depuis, nous sommes amis. Je l’admire beaucoup. Cette collaboration nous est venue quand je lui ai donné mon texte à lire. Mon écriture lui a plu, et l’idée de ces personnages aux logorrhées folles.

 

Comment avez-vous travaillé ?

J’ai improvisé au Dictaphone, puis Rémi m’a demandé de réécrire certains passages et il a aussi coupé dans le texte. Il m’a appris à me canaliser et il m’a fait travailler sur la notion de précision et de plaisir. Ce qui n’était pas évident, car je suis masochiste [rires].

 

Qu’évoque pour toi le festival d’Avignon et plus précisément le « Off » ?

C’est une spécificité de la France. C’est quelque chose d’unique dans un cadre extraordinaire, avec les noms de Vilar et Vitez qui résonnent encore. Je regrette juste qu’il n’y ait pas plus de créations. Je pense que la magie du théâtre vient en partie du risque que les artistes prennent en proposant des spectacles fragiles parce que jamais vus ou entendus. C’est bien cette fragilité et ce danger constant qui provoquent l’inattendu.

 

Te sens-tu concerné par la question de l’élitisme et du sectarisme dans le monde du théâtre et de l’art en général ?

Si l’élitisme est l’ambition de faire du théâtre pour tout le monde, alors c’est une chose merveilleuse ; si au contraire c’est une posture intellectuelle qui vise à flatter les personnes d’un même milieu, alors ça ne m’intéresse pas. Non, je n’aime pas ces valeurs-là, et pourtant elles sont aussi génératrices de créativité. Je crois que la parole théâtrale est extrêmement importante aujourd’hui encore plus depuis que le paysage est de plus en plus submergé d’images, de publicité et de communications formatées.

Dans mon spectacle, les personnes qui entourent Stan Kokovitch sont persuadées de détenir la vérité sur le monde, le choix des hommes, l’art et le commerce de cet art. Tous ces personnages sont sectaires voire élitistes, même le frère. Et pourtant je les aime et je leur rends hommage. C’est le devoir du comédien de les raconter avec lucidité et tendresse.

 

Quelle est ta relation au métier d’acteur ?

Il y a des choses de moi dans Stan Kokovitch, qui lui aussi est critiquable, mais si humain, c’est le plus humain de tous. Il ne détient pas la vérité. J’aime la naïveté et le désir qu’il a de faire ce métier. Et ceci malgré les déceptions, les trahisons et les échecs. Tadeusz Kantor parle d’un clown qui rebondit sans cesse et amène la joie et la fantaisie. Stan Kokovitch a cette envie de comprendre sans juger et d’aimer les autres.

 

 

Toi aussi ?

De temps en temps [sourire]. J’aime les gens en théorie mais beaucoup moins en pratique, disait Thomas Bernhard [rires].

 

Je crois savoir que tu reviens d’un tournage aux États-Unis ?

Oui, j’y ai tourné un film indépendant réalisé par Céline Nieszawer et Anatole Sternberg. C’est un road-movie entre New York et San Francisco. L’histoire parle d’un Français qui vit aux États-Unis et travaille dans la finance. Ne trouvant pas de sens à sa vie, il décide de partir. Ça parle d’errance et de liberté. Et du rêve américain perdu.

 

Quels sont les réalisateurs et les films que tu affectionnes ?

J’aime beaucoup l’univers de Woody Allen et des frères Coen. J’aime aussi Spike Jonze, d’ailleurs j’ai failli appeler mon spectacle Dans la peau de Stan Kokovitch. Quant au théâtre,je suis admiratif du travail flamand. Il y a un travail d’acteur extrêmement poussé et un positionnement bien contemporain.

 

On rit beaucoup dans ton spectacle de ces situations absurdes voire surréalistes dans lesquelles se retrouvent Stan Kokovitch. Et toi, Renaud, de quoi ris-tu le plus souvent ?

De mes névroses.

 

« Stan Kokovitch, acteur » ou jusqu’où peut-on ne pas aller pour décrocher un rôle. Et toi, peux-tu nous donner ton secret pour décrocher un rôle ?

Écrire une pièce avec au moins une demi-douzaine de rôles pour moi ! [Rires.]

 

Est-tu romantique et naïf comme Stan Kokovitch avec Rachida, la « muse révolutionnaire » de la troupe de théâtre dans le Tarn ?

À l’image de Stan Kokovitch, ma « Rachida » doit être ma muse. [Rires.] Je suis pudique et passionné. J’aime être amoureux, c’est pour moi l’état créatif par excellence. D’ailleurs, Rachida, appelle-moi !

 

Propos recueillis par

Nouah Matlouti

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir la critique de Nouah Matlouti pour les Trois Coups


Stan Kokovitch, acteur

De et par Renaud Danner

Mise en scène de Rémi De Vos

Création au Petit Louvre à Avignon

Du 10 au 28 juillet 2008 à 21 h 10

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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