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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 16:52

Homme au bord de la crise de nerfs

 

Rémi de Vos, le metteur en scène, et Renaud Danner, à la fois l’interprète et l’auteur de ce solo, nous fricotent une comédie drôle et trépidante avec « Stan Kokovitch, acteur ». C’est dans le théâtre Le Petit Louvre que se joue ce solo tendrement pensé. Je suis touchée par la volonté qu’ont ces deux artistes de parler avec humour de l’homme dans ses impasses, ses peurs et ses doutes. C’est bien nous-mêmes qui sommes décrits là. Que ce soit dans nos forces ou dans nos faiblesses, nous sommes effectivement définitivement pathétiques.

 

Ce solo brosse une galerie de portraits tous différents, mais qui ont la parole en commun. Celle que certains personnages débitent avec assurance et, aussi, celle proche de l’autisme et du mutisme. Stan Kokovitch ou la difficulté de s’exprimer ou de dire ce qu’il a au fond du cœur. Il me fait penser à ces hommes à l’allure pataude qui regardent le monde avec des grands yeux d’enfants et qui sont un peu trop gentils. Un jour, ils claquent la porte de leur travail, tombent dans une dépression et tuent un inconnu dans la rue. C’est ce qui pourrait arriver à Stan Kokovitch. Seulement, il y a l’optimisme, la foi du théâtre, l’amour…

 

Il se prend d’ailleurs de nouveau à rêver quand une troupe du Tarn lui tend la main. Et quand Rachida, ensorceleuse muette au charme redoutable, s’offre à lui, Stan se dit que la vie vaut vraiment la peine d’être vécue…

 

Parallèlement, les personnages s’enchaînent, la tension monte, les évènements arrivent les uns à la suite des autres. Et viennent emmêler encore plus une situation que l’auteur et le metteur en scène prennent un malin plaisir à ne pas dénouer. De la mère sceptique infantilisant son fils au frère à qui tout réussi, en passant par le metteur en scène belge borderline, les personnages de cette histoire sont tous plus fous les uns que les autres. Ils pensent détenir « la » vérité. Ils imposent avec assurance leurs idées dans un narcissisme et un égocentrisme aigus.

 

 

La pièce me paraît une critique du monde actuel, où les personnes s’enferment et se complaisent dans leurs codes. En d’autres termes : « Ressemble-moi et tu seras aimé ! » Il ne peut y avoir, me semble-t-il, qu’une seule façon de voir les choses, de penser. Et pourtant, chaque jour, il faut se battre pour bousculer l’indifférence et l’intolérance. Afin de faire reculer la bêtise.

 

La mise en scène est sobre. Ce solo fait la part belle à l’acteur, qui sur un plateau presque nu, doit porter l’interprétation à un haut niveau de précision et de lâcher-prise sans jamais entrer dans le pathos ou le racolage. J’aime le clin d’œil à Woody Allen et au cinéma américain des années quarante – Vincente Minelli, Franck Capra – délicieusement parodié dans la musique et parfois dans le jeu. Tout est rose, mais pas si rose que ça…

 

Renaud Danner joue ce personnage avec beaucoup de précision, dans un style que je trouve proche des comédiens canadiens et belges : un sourire, une naïveté, une décontraction et beaucoup d’autodérision. À la manière d’un caméléon, il entre dans chacun des personnages. On entend parfaitement leur voix à tous. Cependant, j’aurais aimé voir cette transformation passer aussi un peu plus par le corps. Ce spectacle touchera les artistes, mais aussi tous ceux qui dans leur vie doivent continuellement se battre pour exister. Pour ne pas être oublié. 

 

Nouah Matlouti

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Voir l’entretien avec Renaud Danner.


Stan Kokovitch, acteur, de Renaud Danner

En votre compagnie, Olivier Talpaert

communication@envotrecompagnie.fr

06 77 32 50 50

Mise en scène : Rémy De Vos

Avec : Renaud Danner

Lumières : Alexandre Dujardin

Son : Othello Vilgard

Le Petit Louvre, salle Van-Gogh • 23, rue Saint-Agricol • Avignon

Réservations : 04 90 86 04 24

Du 10 juillet au 28 juillet 2008 à 21 h 10

Durée : 1 h 15

16 € | 11 € | 5 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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