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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 12:34

Gai savoir


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Il est de la philosophie comme du sport : une pratique quotidienne favorise la circulation des idées et l’oxygénation du cerveau. En recevant Didier Mahieu et sa collection « Philosophie de chair », le Théâtre des Halles œuvre ainsi pour votre santé. Deux promenades pleines d’esprit en belle compagnie sont proposées. L’une sur les pas de Descartes, l’autre sur ceux de Diderot. Rendez-vous de bon matin dans une chapelle Sainte-Claire qui, pour l’occasion, entend bien « raisonner ».

Les Français, dit-on, sont cartésiens. Mais qu’est-ce qu’être cartésien ? Et qui est au juste ce fameux M. Descartes ? Repartons de zéro et voyons un peu quel genre de « chose pensante » est cet homme de quarante-sept ans, qui n’entend rien moins que reprendre méthodiquement le savoir du monde depuis ses fondements. Car c’est là le pari de Didier Mahieu et de la Compagnie du Groupetto, relevé avec brio, que de donner à entendre et d’incarner des philosophes habités par une pensée vivante. Mais aller à la rencontre d’un homme, rendre à un esprit sa liberté de marche et de mouvement, le faire dialoguer avec d’autres, le sortir des abîmes universitaires et livresques dans lesquels il a tôt fait de sombrer ne signifie pas pour autant vulgariser.

En effet, si d’Alembert (Stanislas de la Tousche) et Diderot (Didier Mahieu) discourent à saut et à gambade sur un banc, si Descartes (Didier Mahieu) médite en pantoufles dans sa chambre, il n’en reste pas moins que cette part d’humanité qui leur est rendue par une mise en scène modeste mais efficace va de pair avec une exigence, sinon une gageure : jouer Descartes ou Diderot (et bien d’autres) dans le texte. Un texte certes monté, voire tronqué, mais fidèle à l’original (les deux premières Méditations métaphysiques et l’Entretien entre d’Alembert et Diderot, en l’occurrence). Il est ainsi possible d’entendre, malgré quelques mots malheureusement écorchés, cette belle langue classique qui fait de ces sommes philosophiques des œuvres littéraires.

Enfin, chacune des deux représentations ouvrent, mine de rien et l’air de tout, sur un débat qui débute presque naturellement dans la salle et se poursuit sous les arbres, dans la cour. Où l’on est surpris de la qualité des interventions et de la réactivité de l’audience. Avec ces spectacles, et plus particulièrement avec l’Entretien – plus théâtral car plus dialogué –, Didier Mahieu et son acolyte Stanislas de la Tousche parviennent donc avec intelligence, sensibilité et vigueur à nous convaincre que la philosophie n’est pas lettre morte, mais qu’elle a à nous dire beaucoup encore, qu’elle est en somme un gai savoir à tous accessible. Et nous d’ajouter avec Épicure :« Que nul, étant jeune, ne tarde à philosopher, ni, vieux, ne se lasse de la philosophie. Car il n’est, pour personne, ni trop tôt ni trop tard pour assurer la santé de l’âme. » 

Cédric Enjalbert


Deux premières méditations, de René Descartes

Entretien entre d’Alembert et Diderot, de Denis Diderot

La Compagnie du Groupetto • 18, boulevard du Jeu-de-Paume • 34000 Montpellier

dmahieu@wanadoo.fr

Mise en scène : Didier Mahieu

Avec : Stanislas de la Tousche et Didier Mahieu

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • 84000 Avignon

Du 5 au 26 juillet 2008, en alternance, à 11 heures

Réservations : 04 32 76 24 51

Durée : 1 h 20

14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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