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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 20:25

Intimité profonde


Par Alexandra Cartet

Les Trois Coups.com


Après la scène du Théâtre Pixel à Paris, Mathieu Beurton et sa pièce « les Amers » prennent d’assaut le plateau du Pitchoun à Avignon. Ce spectacle est bien la preuve que de petites scènes défendent des bijoux théâtraux.

Mettre un pied au Pitchoun, c’est entrer dans un monde qui met les artistes à l’honneur. René-Marc Guedj, le directeur artistique du lieu, introduit chaque spectacle. Les spectateurs sont mis à l’aise : ici on partage du théâtre et on aime ça.

Les Amers, c’est l’eau qui coule sur une gorge, la bouche de Joe qui souffle le vent, les épluchures d’oranges qui nous chatouillent le nez, les mains de Kevin qui caressent le bois brut, les plumes qui jaillissent du ventre d’un oreiller. Ce spectacle happe le spectateur, tant dans sa forme, qui fait appel à ses cinq sens, que dans son propos, qui convoque son intimité profonde. Les corps chavirent. Seuls les mots et leur force les font se relever. Les êtres dialoguent par l’intermédiaire du « face public » essentiellement, les face-à-face sont rares. L’auteur révèle ainsi une pathologie profonde de notre société : notre incapacité à communiquer.

C’est un texte rythmé, rigoureux et dense que nous livre Mathieu Beurton. Les jeux de mots affluent dans un tourbillon de figures de style. Du coup, certaines subtilités nous échappent. Les cris empêchent quelquefois le sens de nous parvenir. Le spectateur est alors brièvement coupé du fil, qu’il s’efforce de ne pas lâcher. On sent le travail et la rigueur de ces jeunes artistes : la ravageuse nécessité de leur offrande artistique est éclatante. Leurs visages transpirent l’émotion et la détermination. Le réalisme de quelques scènes d’altercation entre Kevin et Jenny sont à la limite du supportable. J’en ai été quasiment déstabilisée. Preuve que les Amers provoque l’intime du spectateur.

L’auteur masculin sait toucher la femme dans ses valeurs les plus fortes : la scène de l’enfant (Claire Mailles) et de Jenny (Marie Lombard) m’a arraché une émotion profonde et incontrôlée. Ce dialogue s’adresse à nos instincts de mère et d’enfant : nos manques, nos craintes, nos rêves avortés.

J’ai souvent regretté la pénombre dans laquelle baignent les corps. Une caisse en bois en milieu de scène a partiellement gêné mon champ de vision au début du spectacle. Quelques détails pas vraiment négatifs qui ont vite disparu au profit d’un spectacle qui m’a bouleversée. 

Alexandra Cartet


Les Amers, de Mathieu Beurton

Compagnie L’Art dans tous ses états • 36, rue Bonnevin-Carré • 77130 Montereau

06 74 91 38 89

compagnie.adtse@gmail.com

Mise en scène : Mathieu Beurton, Cédric Leproust

Avec : Mathieu Beurton, Marie Lombard, Claire Mailles et Yoan Masson

Pitchoun Théâtre • 40, rue de la Masse • 84000 Avignon

Réservations : 06 13 45 69 94

Du 10 juillet au 2 août 2008, à 12 h 5

15 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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