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16 juillet 2008 3 16 /07 /juillet /2008 02:55

« Là où l’amour existe,
la raison est »


Par Audrey Chazelle

Les Trois Coups.com


Xavier Gallais et Tamara Krcunović ressuscitent, sur la scène du Théâtre des Béliers, les âmes en peine du récit de Dostoïevski, « les Nuits blanches ». La relecture, le jeu et la mise en scène du texte écrit en 1848, sous la plume de ce fameux auteur russe, convergent sans détour vers le merveilleux monde de l’émotion ! Intense, palpable, qu’elle soit contenue ou révélée, elle vous prend et ne vous lâche plus. Des mots d’esprit, des mots d’amour, rien que des mots !, Deux comédiens sincèrement engagés à jouer le jeu de la vérité pour nous conter la merveilleuse histoire de cet amour imaginaire…

L’été s’annonce à Saint-Pétersbourg avec l’arrivée des longues journées, durant lesquelles le soleil ne s’absente que deux heures. Sur la scène éclairée pleins feux, apparaît Nastenka, assise au milieu d’un jardin sur caillebotis. Elle attend le retour d’un homme avec lequel elle s’est engagée il y a un an et qu’elle n’a pas revu depuis. Un jeune homme passe par là. Avec ses tics à la Mister Bean et un regard d’enfant sauvage, il se rapproche comme il peut de cette femme esseulée, dont il vient de s’éprendre. Elle, elle lui fait promettre de ne pas tomber amoureux. Lui, il est « prêt à prendre le feu comme de la poudre ». Il choisit de se remplir de sa présence, de chaque minute qu’il pourra vivre avec elle. Il lui apporte alors son aide pour retrouver son promis. Une main tendue que Nastenka saisit pour se laisser aller à l’amour…

Le secret d’une si belle prestation repose sur le jeu, troublant de sincérité, de Tamara Krcuniović et de Xavier Gallais. Leur relation relève de l’évidence, et l’on veut croire jusqu’à la dernière minute à la naissance d’un amour éternel. L’un et l’autre offrent une interprétation fusionnelle. De la compassion fraternelle à l’amour passionnel, il n’y a qu’une étape à franchir. De belles pensées partagées en pas de danse malhabiles, la magie opère, leurs corps s’entrelacent, leurs paroles s’emmêlent, leurs cœurs s’embrasent… Ils nous transportent dans l’imaginaire de ces personnages slaves et font transpirer leur âme sur scène.

Xavier Gallais habite de tout son être ce jeune homme solitaire à l’esprit rêveur, qui en est à fêter « l’anniversaire de ses sensations ». Il nous émeut de sa sensibilité à fleur de peau en accord parfait avec la fragile détermination de sa compagne. On découvre aussi toute la fantaisie et la légèreté contenues dans le texte. Pour les romantiques qui sont dans la salle, le risque d’identification est très élevé, mais pas dangereux. Préparez juste vos mouchoirs ! Parce que, bien sûr, nous nous prenons à rêver de voir cet amour perdurer au-delà des nuits blanches…

« les Nuits blanches » | © B.-M. Palazon

Dans un aménagement presque naturel, le décor transforme entièrement l’espace scénique et crée une aire de jeu en bois, au milieu d’herbes hautes, aux couleurs du tableau en fond de scène : un camaïeu de bleu et de vert.

Cette histoire romantique sublime l’espoir, mais n’a rien d’un conte de fées. La dramaturgie de Florient Azoulay éclaire formidablement le propos de l’auteur, selon lequel « même si la réalité est banale, il faut la préférer aux songes ».

Ces interprètes s’imprègnent de l’enthousiasme que procurent ces mots écrits par celui dont on disait qu’il avait la plus grande conscience du monde moderne. Et ils nous les transmettent amoureusement. 

Alors « si vous voulez étudier un homme, ne faites pas attention à la façon dont il se tait, ou dont il parle, ou dont il pleure, ou même dont il est ému par les nobles idées. Regardez-le plutôt quand il rit », conseille l’éternel Dostoïevski. 

Audrey Chazelle


Les Nuits blanches, de Dostoïevski

Nouvelle Scène • Jean-Claude Lande • 01 40 05 54 00

jc-lande@nouvelle-scene.com

Adaptation : Xavier Gallais, Florient Azoulay

Dramaturgie : Florient Azoulay

Mise en scène : Xavier Gallais

Avec : Xavier Galais, Tamara Krcunović

Traduction : André Markowicz

Scénographie : Daniel Gallais

Musique : Yann Galerne

Costumes : Dragana Ognenovic

Lumières : Jean-Luc Chanonat

Théâtre des Béliers • 53, rue du Portail-Magnanen • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 21 07

theatredesbeliers@yahoo.fr

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 19 h 25

Durée : 1 h 20

17 € | 12 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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