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14 juillet 2008 1 14 /07 /juillet /2008 20:26

Poignant chant du fils

 

Deux comédiens et une comédienne servent un texte qui oscille, tremble, crie, pleure et rit. C’est l’histoire d’un fils qui parle à son père. C’est l’histoire d’un enfant qui grandit, d’un monde qui change, d’une langue qui cherche le sens. Le public devient le fantôme de ce père trop tôt disparu, et écoute, ému, le chant de l’enfant.

 

Au départ, c’est un monologue. Mais trois voix s’en emparent pour mieux le faire vivre sur scène. La voix de l’homme mûr met la vie de son père en perspective avec la sienne, au travers des évènements contemporains. Celle de l’homme jeune se remémore son enfance et pense à son avenir. Celle de la femme joue avec le souvenir et rappelle l’universalité du rapport parent-enfant.

 

La langue est belle. Elle est complexe, parce que inhabituelle. La syntaxe française est bousculée, chamboulée. Comme si les sentiments allaient trop vite et avaient besoin d’être exprimés autrement. Et des questions sont alors posées, essentielles : « Est-ce que je vais le perdre cet amour du monde quand même dit si je révolte là tout ce qui me plaît pas ? » Cet amour du monde, comme un cri de tendresse dans un milieu hostile.

 

« Papa’s memori »

 

La scène devient un espace où le fils peut cartographier son rapport avec son père et avec le monde. Des éléments de décor sont déplacés, selon les étapes de la vie du fils. Le sol est marqué par des traits de craie, et la terre est répandue sur scène. Le père est invoqué, à la fois comme l’homme qu’il était et comme l’esprit qu’il est devenu.

 

Le jeu des comédiens met l’accent à la fois sur le travail de la parole et sur le travail physique. Les voix décrivent les sentiments, et les corps parcourent la scène à la recherche des souvenirs enfouis. De cette alliance entre corps et voix surgissent des moments de grâce, qui sont parfois étayés par des vidéos abstraites projetées sur le mur du fond. Ces vidéos ne distraient pas de l’action, parce qu’elles ne sont pas figuratives. Elles permettent plutôt d’ajouter une autre dimension visuelle sur le plateau.

 

La difficulté de porter un monologue sur scène est très bien maîtrisée, notamment parce que les trois comédiens offrent chacun un jeu singulier, et illustrent la diversité des émotions du personnage du fils. En optant pour une mise en scène épurée avec une chorégraphie soignée, Alain Fleury ajoute une théâtralité concrète à son beau récit d’amour filial déjà proche du conte. 

 

Anne Losq

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Papa’s memori, d’Alain Fleury

Compagnie Alias Victor • 20, rue Maurice-Havet • 76000 Rouen

02 35 08 20 29

aliasvictor@free.fr

www.aliasvictor.com

Écriture et direction artistique : Alain Fleury

Avec : Eva Castro, Thomas Rollin, Thomas Schetting

Approche dansée : Gisèle Gréau

Scénographie : Gérald Kerguillec

Images : Laurent Mathieu

Lumières : Éric Guilbaud

Théâtre des Lucioles • 10 rue du Rempart-Saint-Lazare • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 05 51

Du 10 juillet au 1er août 2008 à 20 h 35

15 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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