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13 juillet 2008 7 13 /07 /juillet /2008 02:09

Le meilleur ami de l’homme

 

Parler de ses ébats sexuels n’est pas une entreprise toujours facile, parler de son sexe l’est encore moins. Et, pour un homme, parler de son engin, son zizi, sa queue, c’est être, pour un moment, très vulnérable : le moindre mot mal placé, le moindre lapsus, peut immédiatement créer des préjugés sur l’organe en question et sur la personne tout entière, une atteinte à la fierté masculine. C’est pourtant ce que nous proposent les trois personnages des « Monologues du pénis », Charles, Sylvain et Carlos. Chacun leur tour et tous ensemble, ils racontent avec un entrain taquin ébats, découvertes, tailles et diamètres devant une salle de 95 places bien emplies d’hommes – et de femmes.

 

Une salle de conférence vide. Sur les murs, quelques affiches : « Quand ça ne va pas, Viagra est là », « L’anatomie du pénis », « Érection interdite »… Entre Carlos, l’air méfiant. Maçon, musclé, macho. Il s’installe. Entre Sylvain, très enthousiaste, frétillant, « absolument ravi » de faire la connaissance de Carlos. Surprise : Sylvain est un ami d’enfance, du temps où le jeune Carlos courait les rues d’Angoulême. Tandis que les deux jeunes hommes se retrouvent, entre Charles, Charles de Barrière, costard blanc, chaussures cirées, au téléphone, en plein discours grandiloquent à propos d’une Porsche. Double surprise : Charles est aussi une vieille connaissance ! Après des accolades et quelques brimades, le trio se rend compte qu’ils sont dans une salle de conférence, où doit se tenir un débat sur le pénis, certes, mais que nous sommes dans la fosse, et eux, sur scène. Panique ! Tous ces gens qui les regardent, qui attendent, et ce conférencier qui n’arrive pas. Mais, finalement, Sylvain, qui n’a pas l’air de vouloir cacher quoi que ce soit, convainc ses deux amis de tuer le temps avec quelques récits de leur propre expérience. Les vrais éclats de rire commencent à fuser à ce moment-là.

 

Les Monologues du pénis est une pièce si bien construite que l’on a parfois l’impression d’assister à un long sketch improvisé. Les mouvements des acteurs sur scène sont souples, aisés, le dialogue et les monologues de chacun sont fluides et spontanés. Le tout nage bien sûr dans l’humour nécessaire pour séduire un public peut-être curieux, mais encore un peu prude. Ingénu, subtil, très… confiant, chaque personnage a son style (le macho, l’homo, et l’intello). Lorsque deux d’entre eux s’éclipsent, pour quelque affaire hors scène, celui qui reste entame son monologue : expériences fructueuses, marquantes et instructives, il paraît. Sylvain est victime d’un coup de foudre, Carlos est fier comme un coq de sa première fois, les aventures de Charles sonnent comme des fables épiques de chevaliers. Mais ils ne se contentent pas de s’exhiber. Pas question en effet de les laisser tous les trois sur la scène dans leur propre « délire ». Le public est ainsi beaucoup interpellé, questionné, donné en exemple. Parfois, l’envie de commenter n’est pas retenue. D’autres fois, on est tiré par le manche – euh, je veux dire la manche ! – jusque sur le devant de la scène pour illustrer, commenter, ou tout simplement pour se débarrasser d’un excès de réserve.

 

Le seul vrai défaut qu’on puisse peut-être trouver à cette pièce, c’est, effectivement, un passage, disons tragique dans le récit du petit Sylvain. Loin de ne pas être émouvant, c’est là le problème. Le personnage de Sylvain est pourtant tout aussi comique que les deux autres. C’est pour cette raison que sa révélation d’avoir contracté le sida, qui gêne toujours un peu, qui tombe au plein milieu des discours déjantés, crée une cassure dans le rythme général du spectacle. L’auteur a peut-être seulement voulu soulever ce sujet important comme une énième mise en garde. Dans ce cas-là, l’astuce aurait été de trouver un moyen d’aborder le sujet de façon légère et drôle, sans pour autant se moquer.

 

On se pose la question du lieu par rapport à la pièce : un spectacle aussi agréable a sa place dans une plus grande salle. Mais, en fait, le décor minimal de la salle confinée se prête à merveille à la situation initiale (salle de conférence) et impose l’atmosphère intime propice aux récits coquins.

 

On pourrait penser que c’est un spectacle sexiste, machiste. Pourtant, on n’a pas l’impression d’un éloge de l’homme et du pénis. On est plutôt, au fond, devant une réflexion admirable sur l’union de deux êtres, hommes ou femmes. Quand vous sortirez du théâtre, l’esprit léger tout en étant repu de rire, une petite ballade vous trottera sûrement dans la tête, une chansonnette des Monty Python : « N’est-ce pas le bonheur que d’avoir un pénis ? » 

 

Betty Rose

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Monologues du pénis, de Carlos Gonclaves

Les Têtes de l’art • 5, rue Alfred-Renolleau • 16000 Angoulême

05 45 92 02 61

ltdaproduction@hotmail.com

www.tetesdelart.org

Avec : Carlos Gonclaves, Tony Notot, Marc Quayzin

Le Forum • 20, place de l’Horloge • 84000 Avignon

Réservations : 04 42 57 21 58

Du 10 juillet au 2 août 2008 à 19 h 33

Durée : 1 h 20

15 € | 11 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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Un vieil ami des trois coups 15/07/2008 13:09

Comment est-ce possible?Lecteur assidu des Trois Coups et amoureux de l'intégrité intellectuelle et de la rigueur morale de son créateur, bien que n'étant pas toujours du même avis, je suis révolté à la lecture de cette critique. J'étais ravi de l'ouverture des Trois Coups à "des théâtres" qui en sont absent et à de nouveaux avis. Mais là!!! Par hasard, je suis allé voir à Paris "les monologues du pénis". C'est inepte et mal joué. Pas un sourire n'est venu éclairer mon visage pendant ce que vous appelez une pièce "si bien construite". Là où je lis "atmosphère intime propice aux récits coquins" je n'ai vu que huis clos vulgaire.Il y a tant de spectacles intelligents, même des comédies, (oui cela existe!) je vous en prie Betty Rose allez les voir, ne trahissez pas ce qui fait  l'estime, publique comme professionnelle, et le succès de Vincent Cambier depuis tant d'années, depuis bien avant les Trois Coups. Cet amoureux du théâtre ne mérite pas ça.

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