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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 01:38

Une bande de potes…


Par Bianca Guitton

Les Trois Coups.com


Pour le Off 2008, le vaste espace Alya, nous a préparé une programmation très hétéroclite : théâtre, théâtre musical, clown, conte… La compagnie On va y arriver qui occupe la salle B pour toute la durée du festival nous propose de condenser l’ensemble de ces genres avec « Ars », sa nouvelle création. Projet très ambitieux pour ces jeunes artistes. Voire trop.

La compagnie a au moins un mérite : chaque fois qu’ils montent un spectacle, ils font tout ! Sacha Todorov a, par exemple, composé toute la musique. Le pianiste, Léo Dupleix, nous attend d’ailleurs seul en scène en jouant le morceau qui ponctuera la pièce. Mais le plus remarquable concerne sans doute le texte d’Ars, que Lazare Herson-Macaret a écrit. Ce jeune auteur est pour moi une révélation : il associe les mots avec élégance et nous offre une langue riche et poétique. Néanmoins, il essaye un peu trop d’en mettre plein la vue : il utilise différents genres, différents registres de langues, différentes formes littéraires (chanson, poésie, conte) et s’essaye même à la versification (des alexandrins, si, si !). Ça se voit : il aime écrire, peut-être même trop… On se retrouve ainsi avec une pièce de théâtre fleuve (une heure et cinquante minutes !) digne des grandes tragédies, dont il s’inspire explicitement.

En effet, nous suivons les aventures d’Ars, jeune héroïne qui n’a qu’une obsession : son automutilation. Cependant, sa folie, son corps et ses mots séduisent tous les hommes qu’elle rencontre. L’un d’entre eux n’est autre que Phébus, le fils du roi. Ce prince gagne l’amour d’Ars aux dés : elle devra lui revenir. S’ensuit une succession d’aventures : elle intègre une troupe de théâtre (prétexte à de nombreuses mises en abyme), devient une star, puis se fait crever les yeux, rouer de coups, violer, manque de se faire assassiner… Bien évidemment, tout finit dans un bain de sang. En tout cas, l’auteur use et abuse des références à la mythologie grecque (Œdipe, Antigone, Sisyphe…), sans compter les références à la culture populaire (Blanche-Neige et Notre Dame de Paris) !

Cinq jeunes comédiens relèvent courageusement le défi de monter cette œuvre. Ils interprètent à eux seuls plus d’une vingtaine de personnages et surprennent par la richesse de leur jeu. Mais Julien Campani, lui, tire mieux que son épingle du jeu : il interprète tout en subtilité un clown cauchemardesque, torturé par son amour pour Ars. Il me semble néanmoins que leur talent ne parvient pas à soutenir l’entreprise que leur propose Lazare Herson-Macarel. Car ils sont visiblement restreints dans leur ambition par des contraintes matérielles et, peut-être, par un manque d’humilité.

Léo Cohen-Paperman, le metteur en scène, centre tout son travail sur une modeste table roulante. Il parvient à trouver quelques astuces pour tour à tour la transformer en scène de théâtre, trône, plateau télé, et même prison. Malheureusement, il cède à l’envie de voir, lui aussi, les choses en grand : les comédiens jouent alors avec de grands draps supposés luxueux et tentent des effets visuels, qui n’atteignent à mon sens pas leur objectif. Cela se ressent aussi très clairement en matière de costumes : robes H&M, couronne de galette des rois, bout de tissu en guise de traîne ou de toge pour le roi… accessoires qui pourraient devenir des atouts s’ils ne contrastaient pas maladroitement avec le costume blanc, la chemise en soie et les chaussures vernies du prince, par exemple.

En d’autres termes : on dirait une bande de potes qui monte Œdipe roi pour l’atelier théâtre du lycée. Non, c’est pire : on dirait une bande de potes qui réécrit l’histoire entière des Labdacides et des Atrides en copiant les tragédies. Alors qu’avec leur talent, ils pourraient créer un spectacle vraiment remarquable ! 

Bianca Guitton


Ars, de Lazare Herson-Marcarel

Compagnie On va y arriver • 37, avenue Pasteur • 93100 Montreuil

06 22 03 74 41

lola_lucas@onvayarriver.com

www.onvayarriver.com

Mise en scène : Léo Cohen-Paperman

Collaboration artistique : Lola Lucas

Avec : Valentin Boraud, Julien Campani, Charlotte Duran, Clovis Fouin, Lisa Spurio

Piano : Léo Dupleix

Musique : Sacha Todorov

Production : Lola Lucas

Espace Alya • 31 bis, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 27 38 23

Du 10 juillet 2008 au 2 août 2008 à 16 heures, relâche le 28 juillet 2008

Durée : 1 h 50

13 € | 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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