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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 23:04

Bourreau ou martyr ?

 

Dans la chapelle Sainte-Claire au sein du Théâtre des Halles, Olivier Massart présente « Gilles et la nuit », un solo théâtral de l’auteur flamand Hugo Claus. Cette petite église est idéale pour le personnage de Gilles de Rais, héros et monstre ainsi que compagnon d’armes de Jeanne d’Arc. Le metteur en scène Alexis Goslain fait renaître, à travers son procès, la légende de Barbe-Bleue. Le choix du comédien et du lieu transportent notre imaginaire vers ce drame, qui, à l’aube du xve siècle, a transformé à tout jamais l’ordre moral. Une belle performance d’acteur et des images archaïques fortes n’auront néanmoins pas su me troubler.

 

Dans les campagnes, à cette époque, les petites gens envoient leurs enfants mendier aux alentours des châteaux. À mesure que ces derniers disparaissent, la rumeur grandit autour de Gilles de Rais. Peu après la mort de Jeanne d’Arc, Gilles de Rais dit Barbe-Bleue, seigneur et maréchal de France, est accusé des crimes les plus atroces sur cent quarante enfants. Le diable fascine alors et les hordes sévissent encore dans les forêts. Du coup, cet homme, brutal et décadent, attiré par la magie noire, devient le coupable idéal.

 

Suite à une désobéissance et à l’enlèvement d’un prêtre, il est arrêté et enfermé jusqu’au procès. Il hurle son innocence devant les juges avant d’avouer enfin tous les meurtres avec une précision chirurgicale. Tour à tour humain, monstrueux ou désaxé, il se raconte jusqu’à se perdre. Le combat de cet homme est comme un curseur qu’on déplace sur l’échelle du bien et du mal. Combat que chacun d’entre nous porte en lui.

 

 

Dans la mise en scène d’Alexis Goslain, c’est à huis clos, plus précisément dans une cage, que ce personnage s’adresse aux spectateurs. Nous, spectateurs, sommes en quelque sorte les juges et éxécuteurs de sa condamnation. Dans l’espace, lumières, sons et musiques se confondent et résonnent avec justesse. Les sens sont convoqués. L’odeur de la myrrhe plane étrangement. La parole se fait chair et le corps se dénude à mesure que le masque tombe.

 

J’aurai, cependant, apprécié un jeu plus intérieur et une représentation moins longue dans la durée. Olivier Massart est un comédien charismatique et généreux. J’irai l’applaudir dans un autre texte que celui d’Hugo Claus. Car l’écriture de cet auteur ne m’aura pas marquée. 

 

Nouah Matlouti

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Gilles et la Nuit, de Hugo Claus

Une production du théâtre Le Public • rue Braemt 64-70 • 1210 Bruxelles

+ 0032 (0)2 724 24 11

Mise en scène : Alexis Goslain

Avec : Olivier Massart

Scénographie : Philippe Doutrelepont

Création lumières : Quentin Rommelaere

Costumes : Corinne de Laveleye

Décor sonore : Nicolas Vandooren

Maquillages : Jean-Pierre Finotto

Conception accessoires costumes : Ronald Beurms

Conseillère historique : Fenny Larsille

Régie : Dominique Maertens

Direction technique : Maximilien Westerlinck

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon

Réservations : 04 32 76 24 51

Du 5 juillet au 31 juillet 2008 à 17 heures, relâche le 20 juillet

Durée : 1 h 30

14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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