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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 01:10

Là où « l’Anniversaire » dérape

 

« L’Anniversaire » d’Harold Pinter a lieu à la Caserne des pompiers durant le Off d’Avignon 2008. Il est mis en scène tant bien que mal par Jean-Philippe Vidal et servi par des acteurs généreux. Dans le hall du théâtre, nous passons devant des marionnettes coincées dans des sarcophages. Et dans la pièce, les personnages aussi seront comme enfermés ; que ce soit dans leur quotidien, par un contrat mystérieux, ou par la mise en scène.

 

Nous voici donc en compagnie des personnages d’Harold Pinter. Ils se nourrissent de leurs propres paroles et les servent comme des petits déjeuners au goût de lait tourné. Jusqu’à ce que leurs jeux virent à l’aigre. Pas d’innocence dans ce théâtre, où on ne sait pas ce qu’est l’horreur, mais des personnages étanches à ce qu’il se passe et à ce qu’il se dit sous les mots. C’est là que cet Anniversaire dérape : je sens bien que le texte est d’un humour acéré dans les joutes verbales, mais je n’ai pas le loisir de l’entendre.

 

Je suis prise, en effet, dans une masse de paroles dont ne ressortent que des phrases et des idées attrapées au vol. Il n’y a aucune écoute à l’intérieur du jeu, et les quelques trouvailles drôles à l’intérieur des répliques – l’entre-réplique étant presque supprimé – ou encore les rares images fortes ne suffisent pas à maintenir mon attention durant les deux heures de l’Anniversaire. Le fait que les évènements inscrits dans la pièce sont aplanis par la mise en scène au lieu de la nourrir ou de lui donner de l’épaisseur me lasse également. Les acteurs demeurent cependant des personnages forts tout au long de la pièce et la portent de leur présence.

 

« l’Anniversaire » | © Alain Julien

 

Je suis impressionnée par l’actrice qui joue Meg Boles (Gisèle Torterolo) en femme au foyer dégingandée et défraîchie, portant robe rose et talons. Sa stature bancale et ses airs de séductrice pimpante au bout du rouleau me conquièrent. Les autres personnages aussi sont construits hors des stéréotypes. Les corps des comédiens se fondent dans leurs costumes et les personnages sont remarquablement dessinés.

 

Le travail des lumières, les adresses aux spectateurs et la scénographie servent également le texte. Grâce à ses éléments, le monde de M. et Mme Boles s’installe. Nous sommes devant leur fenêtre. Meg Boles fait bien attention à rester au bord du carrelage en lino afin de ne pas marcher dans la lumière bleue qui le délimite, et qui représentera le jardin. Ainsi les personnages ont leur propre réel, semblable au nôtre mais comme déformé par un miroir de foire. D’ailleurs, leurs jeux – simulacre d’anniversaire, colin-maillard… – se distordent de plus en plus, jusqu’à arriver à l’image parfaite de la fin, qui me laisse pantoise.

 

Alors que la mise en scène devrait pousser la pièce dans ses retranchements (dérisoires… et caustiques), il semblerait que Jean-Philippe Vidal se soit perdu dans une multiplication de lectures. Le résultat laisse à penser que les acteurs n’ont pas eu d’indications claires sur le texte. Ils se retrouvent ainsi démunis par rapport aux situations vécues par les personnages, perdant du même coup la cohérence de leur parole. Des acteurs qui s’en sortent finalement bien, mais chacun de leur côté. Il leur reste à s’en sortir ensemble. Je leur souhaite de trouver leur rythme, pour que vous trouviez le vôtre. 

 

Annabelle Verhaeghe

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


L’Anniversaire, de Harold Pinter

Mise en scène : Jean-Philippe Vidal

Avec : Lucie Boscher, Gisèle Torterolo, Loïc Brabant, Jean-Michel Guérin, Laurent Nouzille, Vincent Parrot

Création costumes : Juan Morote

Décors : Éric Delpha

Son : Sami Jlassi

Scénographie : Pol Olory

Création lumière : Thierry Robert

Diffusion : Luce Soussigne

03 26 88 91 31 | 06 76 86 83 88

lucesoussigne@hotmail.fr

Caserne des pompiers • 116, rue de la Carreterie • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 86 02 17

Du 4 au 26 juillet 2008 à 19 heures, relâche les 7, 14 et 21 juillet

Durée : 1 h 50

13 € | 9 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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michelaise 17/07/2008 15:56

Je suis tellement d'accord avec vous, et ai été tellement déçue... moi qui suis restée une journée de plus en Avignon pour voir cet anniversaire qui faisait relache le 14 juillet... Je suis partie avant la fin en ralant "contre sens, total contre sens"... j'avoue que l'hilarité incontrôlée des éclairagistes m'a achevée, je ne vois pas où est le comique dans ce déchirement des êtres. Je ne partage pas votre enthousiasme pour Meg, moi je ne la vois pas ainsi, elle me semble être, malgré sa naïveté ou à cause d'elle, la seule rédemption possible de la pièce. Je suis sortie en rêvant de revoir la pièce au plus vite, montée par un metteur en scène respectueux de la lettre de Pinter et non pas, comme celui-ci, qui se fasse plaisir aux dépends de l'auteur et des spectateurs.

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