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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 16:47

À la vie, à la mort


Par Audrey Chazelle

Les Trois Coups.com


Alain Cesco-Resia nous convie dans la chapelle Sainte-Claire du Théâtre des Halles pour nous livrer charnellement les pensées d’un homme en quête d’évasion, enfermé dans sa solitude et ses tourments existentiels. Ce passionné de théâtre et de littérature s’offre, à l’occasion du Off d’Avignon, la possibilité de transmettre et de partager un texte d’Edouardo Pavlovsky, « la Mort de Marguerite Duras ».

Un homme, à la démarche mal assurée et au style défraîchi, pénètre dans l’enceinte de la chapelle aux murs d’argile dans un peignoir rouge sang. Au commencement, il y a la mort d’une mouche… Heure du décès : 3 h 18.

Le choix du titre est directement inspiré d’un écrit de Duras, dans lequel elle relate la tristesse qu’elle a ressenti en voyant mourir une mouche dans la plus grande solitude. C’est de ce sentiment d’empathie que naît le texte de Pavlovsky, proféré par Alain Cesco-Resia à travers un personnage au bord du suicide. La peur de mourir, la peur de mourir seul, la peur de vivre une routine, un quotidien qui ne dit plus rien, le pousse à dire.

Ainsi, le geste et la parole de l’acteur s’harmonisent pour nous faire part de la violente douleur dont il souffre. Le traumatique et l’anecdotique cohabitent au cœur du récit. Le protagoniste fouille sa conscience pour en extraire des fragments de vie, des souvenirs, qu’il revit avec l’intensité du présent.

Précisons qu’il s’agit là d’un texte de Pavlovsky, auteur et acteur, mais aussi psychanalyste. Ceci explique cela. C’est donc en vrac et sans lien apparent que les éléments contenus dans l’esprit de cet homme nous sont confiés. Dans l’idée de retrouver du sens au milieu du chaos, le lieu théâtral abrite ainsi une sorte de purgatoire.

Les divers accessoires qu’il sort de ses poches (ficelle, bague, sifflet, faux nez, pince à linge) sont la plupart du temps synonymes de châtiment. Les stigmates des humiliations endurées au cours de la vie de cet homme réapparaissent sous les objets. Ces outils affirment, d’une part, le statut de martyr du personnage, et, d’autre part, ils assoient la figure clownesque du comédien.

Le fil qui relie le faire et le penser n’est jamais coupé. Et lorsque les mots ne résonnent plus – ne raisonnent plus ? –, le corps continue de s’agiter, signifiant encore et toujours cette peur du vide. Des « lâchers prise » récurrents redonnent du souffle à l’acteur pour revenir à l’attaque et faire de cette bataille intérieure une rencontre avec l’autre. En se rasseyant sur cette chaise installée entre les murs de pierre blanche, il abandonne ces voix qui le traversent pour revenir en son territoire intérieur.

L’espace de représentation est réduit et ses moindres recoins sont utilisés. La couleur des murs de ce lieu spirituel se nuance sous les feux des projecteurs.

Alors que je pensais que le jeu était terminé, une fois passé derrière le paravent, l’acteur revient en scène après avoir ôté ses vêtements. Il réapparaît en tenue de plage, talkie-walkie dans une main, texte dans une autre. C’est un nouvel homme, adouci, serein, disposé à reprendre un contact avec son âme sœur, Aristobula, présente in absentia, à son écoute depuis le début. Le boxeur a bien mérité son repos après avoir fait preuve d’une énergie sans répit, n’abandonnant jamais le flux permanent qui circule dans ce texte.

C’est un remarquable travail de la part d’Alain Cesco-Resia, qui habite ses mots après les avoir ingérés puis digérés avant de nous les servir. Un monologue à plusieurs voix pour un homme en quête d’amour, de passion, et d’illusion. 

Audrey Chazelle


La Mort de Marguerite Duras, d’Edouardo Pavlovsky

Jeu et mise en scène : Alain Cesco-Resia

Traduction : Françoise Thanas, éditions Théâtrales

Coréalisation : Théâtre des Halles, Cie Alain-Timar

Décors : Sophie Jacob

Lumières : Marie-Hélène Pinon

Musique : Michel Winogradroff

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • 84000 Avignon

Réservations : 04 32 76 24 51

Du 5 juillet au 1er août 2008 à 19 h 30

Durée : 1 h 10

Tarifs : 14 € | 10 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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