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8 juillet 2008 2 08 /07 /juillet /2008 01:01

Les âmes errantes

 

Dans le très charmant et serein Théâtre des Halles se jouent à 19 h 30 trois courtes pièces de Murray Schisgal, « 74 Georgia avenue » précédé de « les Marchands ambulants » et « le Vieux Juif ». Stéphane Valensi en assure la traduction et la mise en scène – vivante et à fleur de peau – tout en y étant comédien. Un travail rigoureux pour une seule et même personne, ayant su s’entourer de trois autres comédiens doués et sensibles. Choisir Murray Schisgal, c’est choisir un des plus importants dramaturges de ce siècle. Ses mots, en effet, expriment avec justesse et tendresse l’âme humaine dans sa bienveillance et dans sa noirceur. « Je parle, mais je ne pense pas mal » dira un des personnages.

 

Dès les premières minutes,je sais que je vais assister à du théâtre. Celui qui avec intelligence et humour nous trouble quel que soit le confort de notre fauteuil. Les trois pièces s’enchaînent, et la lucidité des propos et la pertinence des interrogations frappent au cœur.

 

D’abord, dans le Vieux Juif, c’est un solo, un cri déchiré, magnifiquement interprété par Stéphane Valensi. Cet acteur, par sa fragilité et sa douce folie, m’a irrésistiblement rappelé Sean Penn dans She’s so Lovely. Ici, nous sommes confrontés à la question du temps qui passe et à ce qu’on laisse derrière soi. Ce qu’on veut retrouver et ce qui nous en empêche. Nos doutes, nos angoisses et notre peine à communiquer sont les signes de l’indifférence et de la peur entre les hommes.

 

Dans les Marchands ambulants, deux juifs, deux émigrants. L’un arrive à New York ; l’autre y est déjà installé et vend des bananes sur les docks. Le premier est plein d’espoir et de rêves ; le second déchante rapidement. Dans un pays où l’ascension sociale est la seule marque de réussite, tout les coups sont permis pour s’élever. L’eldorado est bien loin et il faudra apprendre à marcher ou à crever.

 

 

La troisième et dernière pièce, 74 Georgia Avenue, est une évocation des souvenirs de jeunesses de Murray Schisgal. À travers ces deux personnages et un autre qu’on ne voit pas, il pose encore la question de l’identité. « Ça me fait du bien de ne plus être moi-même et de prier d’une façon différente », dit Marty. En d’autres termes : se perdre un instant dans ses souvenirs ou dans des vêtements ayant appartenu à d’autres, vivants ou morts. À la mémoire de nos pères ou pour mieux oublier, s’oublier ?

 

La mise en scène de Stéphane Valensi est d’une grande force et les comédiens sont parfaitement dirigés. Le tout crée un spectacle sobre et élégant, avec cette violence lancinante dans les interrogations et les silences. Sans fioritures. Jusqu’aux changements des décors et des comédiens à vue, laissant planer un nuage de mystère et de sensualité. Pas de fausse note dans la lumière, précise aussi dans ses ombres, ni dans la scénographie, ouverte à l’imaginaire, ni encore dans la musique et les chants. C’est infiniment gracieux.

 

J’ai senti le bouillonnement de l’être humain dans le jeu de ces comédiens, comme j’aimerais le voir plus souvent. Guilaine Londez est à la fois pétillante et pathétique dans sa dignité. Stéphane Valensi est un comédien au talent rare. Dans un jeu tout en précision et en intelligence de l’humain, Marc Berman est remarquable. Paulin F. Fodouop, lui, apporte une viscéralité poétique et envoûtante. Des comédiens qui par leur seule présence et leur intériorité forte nous surprennent et nous bouleversent. Ça devrait toujours être cela, le théâtre. 

 

Nouah Matlouti

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


74 Georgia Avenue, précédé de les Marchands ambulants et le Vieux Juif, de Murray Schisgal

Cie Stéphane-Valensi • 69, rue du Château-des-Rentiers • 75013 Paris

01 45 83 38 80

stephanevalensi@free.fr

Mise en scène : Stéphane Valensi

Avec : Marc Berman, Paulin F. Fodouop, Guilaine Londez, Stéphane Valensi

Scénographie : Jean Haas

Lumière : Pascal Sautelet

Musique : Ghédalia Tazartès

Costumes : Cidalia da Costa

Maquillage : Cécile Kretschmar

Assistante : Anne-Lise Maurice

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • Avignon

Réservations : 04 32 76 24 51

Du 5 au 29 juillet 2008 à 19 h 30, relâche les 13 et 20 juillet

Durée : 1 h 40

20 € | 14 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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