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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 23:50

Les petits théâtres assassins

 

Au Théâtre des Halles, cet après-midi : « Je veux qu’on me parle », nous disent les acteurs dirigés par Alain Timar. Et plein d’autres choses provenant de textes de Louis Calaferte, auteur de la dérision en plein xxe siècle. Les tranches de vies présentées sur scène nous renvoient, l’air de ne pas y toucher, à nos manières d’être.

 

Ils sont trois sur scène. Successivement, ils courent, jaillissent des rideaux rouges, nous racontent leurs histoires et nous regardent avec morgue ou tendresse. Ils nous proposent des petits spectacles qui nous font rire d’eux. Pourtant, eux aussi nous regardent et rient…

 

Les saynètes se déploient sous le bon vouloir des différents présentateurs de personnages et de leurs « créatures » pour nous raconter les histoires inouïes de nos quotidiens. Tout y passe : les avares ; les époux ; les poupées Barbie qui tiennent lieu de corps humain – avec une option pour le démembrement – ; les enfants et leur papa ; ceux qui ont des têtes à claques et celles qui regardent les claques aller de l’un à l’autre. C’est si plaisant, à regarder !

 

Sur scène, des éléments basiques et univoques qui amènent immédiatement à l’essentiel. Une pelouse synthétique, ronde comme une piste, devant des rideaux rouges que l’on peut balader ; une table à roulettes ; une caisse à jouets ; des poupées. Entre les saynètes, périodiquement de la musique connue et déguisée (comme cette Carmen de la publicité Javel qui fait sourire).

 

« Je veux qu’on me parle » | © Morgane Le Chevrel

 

C’est dans cet univers que se déploie un humour qui ressemble souvent à celui des blagues qui tombent à plat. Et sans doute faut-il voir ce spectacle avec de bons amis pour l’apprécier dans son intégralité. Quelques passages, en effet, sont assez elliptiques et obscurs et peuvent sembler redondants. Enfin, je regrette juste de n’avoir pas été plus proche de la scène. C’est un spectacle qui gagnerait (encore !) à être joué plus près des spectateurs.

 

Les acteurs, eux, sont vifs comme des claquements de doigts. Entre deux rapides tours de pelouse, ils ont des choses à dire ou veulent nous faire parler, mais sans rien attendre de nous. Alors, ils parlent ou se taisent à notre place. Ils se regardent comme ils nous regardent, et on sent bien ce qu’ils en pensent de la vie, de sa futilité, de ses petits drames de tous les jours. Finalement, tout à l’air très simple quand ils le racontent, qu’il s’agisse d’une petite histoire ou de quelques phrases condensant tout un monde. Simple mais toujours insidieux : le découragement pointe son nez, mais le spectacle continue.

 

Servi par des comédiens fabuleux, Alain Timar nous ouvre l’accès à un miroir qui nous montre ce que nous ne voyons pas ou ne voulons pas voir. Avec leur énergie et leurs rires, ils en bavent à notre place, parce qu’il faut bien qu’il y en ait qui en bavent. Ils en bavent de la vie. Et ils tournent encore. 

 

Annabelle Verhaeghe

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Je veux qu’on me parle, de Louis Calaferte

Mise en scène : Alain Timar

Avec : Yaël Elhadad, Nicolas Gény, Roland Pichaud

Construction du décor : Théâtre des Halles

Costumes et accessoires : Élizabeth Baumard

Régie générale, lumière, son : Hugues Le Chevrel

Diffusion : Luce Soussigne

Théâtre des Halles • 4, rue Noël-Biret • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 95 43

Du 5 juillet au 1er août 2008 à 17 heures, relâche le 20 juillet

Durée : 1 h 30

20 € | 14 € | 8 €

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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