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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 07:10

Après la pluie, la survie

 

Comme au paradis, la lumière est blanche, mais ici tout est en carton. Paradis artificiel ? Un homme, vêtu de blanc, en sandales de plage fait son apparition. Il avance par mouvements saccadés, tel un automate, et se confronte aux différents éléments du décor : un palmier, un cygne et une sorte de maison, avec une chaise. Soudain, alors qu’il est abrité par les fondations de carton de la paillote, la pluie se met à tomber. D’abord immobile, il regarde consterné la lente dégradation des éléments du décor. Le palmier, d’abord, cède sous les trombes d’eau, rapidement suivi par le cygne.

 

Comme pour graver leur image et garder le souvenir de sa vie d’avant, le danseur portugais Francisco Camacho trace à la bombe, sur les murs de la maison en lambeaux, les contours du paysage qui se disloque sous nos yeux. La pluie, qui transforme à vue d’œil le décor initial, provoque une dynamique qui maintient l’attention du spectateur. Le danseur se recroqueville et le premier volet de Blessed se termine. La pluie cesse, la musique aussi, les lumières faiblissent.

 

Lorsque Francisco Camacho ressort de sa maison détruite, c’est vêtu d’un accoutrement coloré et étrange pour exécuter une sorte de danse de la pluie, rappelant les rituels religieux. La chorégraphe américaine Meg Stuart nous expose ici la dimension spirituelle de la survie ou comment les hommes se rattachent au divin pour expliquer les catastrophes naturelles. C’est l’esthétique de la désolation qui prime, et le spectateur est fasciné par l’attachement du danseur à ce qui reste de son univers.

 

 

Pour le troisième volet de la pièce, Francisco Camacho apparaît plus chétif. Vêtu d’un slip blanc et d’un imperméable, il construit inlassablement des abris de fortune avec ce qui reste de carton détrempé. L’état d’extrême fragilité du danseur inspire immédiatement la compassion. Dans un décor apocalyptique, Meg Stuart condense toute la violence et l’espoir de la lutte pour la survie. Très marquée par le désastre causé en 2005 par l’ouragan Katerina sur la Nouvelle-Orléans, sa ville natale, elle s’attache à montrer l’adaptation puis la reconstruction après une catastrophe naturelle.

 

La danseuse Kotomi Nishiwaki, vêtu en brésilienne de Carnaval, fait irruption lorsque Francisco Camacho, le visage déformé par la douleur, hurle son désespoir. Son sourire épanoui contraste avec le sourire forcé du danseur. Ce parallèle rappelle le désintérêt manifeste des sociétés occidentales.

 

À la fin du spectacle, le danseur, en tenue de plage, effectue les mêmes mouvements que ceux de la scène initiale. Cependant, cette fois-ci, ce n’est pas dans un décor paradisiaque qu’il se promène, mais dans un paysage dévasté. La chorégraphie de Meg Stuart, très efficace, propose une réflexion autour de la survie et une critique de l’aide internationale qui captive de bout en bout. 

 

Julie Olagnol

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

Cet article fait partie de ceux qui ont constitué le journal du festival franco-allemand des arts de la scène Perspectives, du 13 au 21 juin 2008 à Sarrebruck en Allemagne. Ils ont été réalisés par 7 étudiants et jeunes journalistes. Journal distribué à 400 exemplaires gratuitement, et diffusé sur le blog du festival et sur le site d’une télévision allemande locale.


Blessed, de Meg Stuart

Chorégraphie : Meg Stuart

Avec : Francisco Camacho et Kotomi Nishiwaki

Décor sonore : Hahn Rowe

Scénographie : Doris Dziersk

Buswerkstatt • quartier Eurobahnhof • Sarrebruck

Les 20 et 21 juin à 20 heures

Durée : 1 h 20

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Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
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