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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 16:05

Interview de Bruno Schnebelin, directeur

de la compagnie Ilotopie

 

Votre compagnie propose depuis 1978 des spectacles dans l’espace public. Quel est son objectif ?

Au début, j’étais tout seul. Je proposais des performances dans la rue. Au fur et à mesure, la troupe s’est agrandie pour devenir une compagnie d’art contemporain. Aujourd’hui, nous avons crée Le Citron jaune, un centre national des arts de la rue pour aider les compagnies à créer des spectacles. Nous voulions proposer un système artistique gratuit dans des lieux improbables. Seulement 8 % de la population va au théâtre. Nous travaillons pour les 92 % qui restent. Il y a trente ans, il n’y avait pas de festival tout public comme aujourd’hui. C’était novateur d’entrer dans le quotidien du public.

 

Selon vous, le concept même du festival démocratise-t-il la représentation théâtrale ?

Malheureusement, non. Avec le festival payant, c’est le public du théâtre qui bouge de la salle à la rue. Pour les festivals gratuits, comme Châlon dans la rue ou Avignon, ceux qui n’ont pas le code vont voir le pire du festival, ou du moins n’importe quoi. Le problème vient de l’éducation. À l’école, il faudrait apprendre aux enfants à lire les images pour leur donner les clés de lecture. C’est comme ça que nous sommes manipulés par la publicité.

 

On retrouve la couleur, la mousse et l’eau dans tous vos spectacles. C’est votre marque de fabrique ?

L’espace de la rue est de plus en plus encombré par le mobilier urbain et découpé par zones d’influence. La ville n’est plus démocratique. Nous nous sommes donc installés sur l’eau. D’ailleurs, nous vivons sur l’île de Saint-Louis. Là, rien n’est codifié, l’espace est entièrement libre et l’eau est à l’origine des villes. Le lac devient une scène de théâtre où nous jouons sur des sortes de petits sous-marins à moteur.

 

 

Narcisse Guette et Gens de couleur, les deux spectacles que vous présentez au festival traitent de l’individualisme. Pourquoi avoir choisi ce thème commun à vos spectacles ?

Il y a une nuance entre les deux. Gens de couleur dénonce surtout le nationalisme dont on peut voir les dérives dans le football, par exemple. Les personnages sont fiers de leur couleur comme les hommes sont fiers de leur origine, de leur groupe social ou ethnique, mais cette fierté les mène à la stagnation. Pour eux, l’autre n’existe pas. En ce qui concerne Narcisse guette, nous avons voulu traiter l’histoire de l’image. Au début du spectacle, le premier homme n’a pas encore découvert son visage. C’est son voisin qui lui dit qui il est. Lorsque le miroir fait son apparition, il n’a plus besoin de l’autre, mais il se fabrique une image pour lui plaire. Le seul personnage aimant, c’est Écho, qui distribue des narcisses comme elle distribuerait de l’amour. Le banquet est très symbolique. Tous fuient à l’évocation du partage. Il ne peut pas y avoir de repas pris en commun, car le narcissisme empêche le collectif.

 

Ces deux interprétations ne sont pas évidentes pour le spectateur. Vous regrettiez que les gens ne sachent pas lire les images, mais vous ne donnez pas vos codes. Est-ce volontaire ?

Bien sûr. Nous ne voulons pas faire de spectacle narratif, mais nous avons la trame et la cohérence de l’histoire. Seulement, nous ne cherchons pas à la transmettre au public. Chacun se fait sa propre interprétation. Ce sont les hommes politiques et les commerçants qui racontent des histoires. Je vois mal comment un artiste peut encore en raconter. Il sait pertinemment que le public mettra sur ces spectacles une histoire pour le rassurer. Je trouve ça plutôt amusant que chacun se construise sa propre opinion et la partage ensuite.

 

Recueilli par

Julie Olagnol

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com

 

Cet article fait partie de ceux qui ont constitué le journal du festival franco-allemand des arts de la scène Perspectives, du 13 au 21 juin 2008 à Sarrebruck en Allemagne. Ils ont été réalisés par 7 étudiants et jeunes journalistes. Journal distribué à 400 exemplaires gratuitement, et diffusé sur le blog du festival et sur le site d’une télévision allemande locale.

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