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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 15:42

Rencontre avec Jeanne Mordoj,

créatrice et interprète de « l’Éloge du poil »

 

Vous campez une femme à barbe qui manipule des œufs, des crânes, des coquilles vides… Comment vous viennent toutes ces idées ?

Je peux ramasser quelque chose avec mon pied, recommencer, et là, brusquement, je pense aux coquilles vides. J’aime ce phénomène, lorsqu’on ne sait pas ce qu’il se passe et que, tout d’un coup, tout prend un sens. L’idée de faire glisser des œufs sur mon corps m’est venue en faisant un gâteau. Les bambous, je les ai récupérés dans une brocante. Quant aux crânes, je vivais près d’une forêt étant enfant et les films du tchèque Jan Svankmajer sur des squelettes recomposés m’ont inspirée.

 

Comment avez vous procédé ensuite pour monter le spectacle ?

J’ai fait beaucoup de recherches. J’ai même voyagé dans les pays de l’Est, symbole de la femme à barbe. J’ai lu et regardé des films sur cette question. J’ai pris des cours de ventriloquisme, d’ailleurs je suis vexée qu’on puisse penser que ce sont des enregistrements !

Ensuite, j’ai demandé au metteur en scène Pierre Meunier de m’aider à mettre en forme le spectacle, parce que j’aime beaucoup son travail.

 

Vous cassez l’image lisse de la femme. Dans quel but ?

J’avais envie de parler de la féminité d’une façon moins stéréotypée. Je voulais montrer qu’une femme à barbe peut quand même être belle, qu’une femme peut rester féminine avec sa différence. Pour autant, je ne suis pas féministe, c’est important que mon spectacle puisse aussi parler aux hommes. Je travaille toujours sur la féminité. Elle prend des formes très différentes à chaque fois, car les spectacles évoluent avec moi. C’est mon troisième solo et certainement le plus provoquant.

 

 

Donner vie à des choses repoussantes. Vous aimez ça ?

Je ne vous cache pas que lorsque je présente beaucoup le spectacle je ne mange pas beaucoup d’œufs, mais j’ai toujours beaucoup de plaisir à jouer avec les œufs, les crânes, la terre. Pour moi, c’est amusant, mais il arrive que des spectateurs soient vraiment écœurés et ne supportent pas le spectacle.

 

Vous dédramatisez le poil, mais vous dédramatisez surtout la mort. Comment vous est venue cette idée ?

J’avais envie de travailler sur des thèmes comme les monstres, les squelettes, et tout ce qu’on rejette habituellement. Au début, je ne voulais pas du tout parler de la mort, je n’y pensais même pas. Lorsque j’ai trouvé la fin de l’Éloge du poil – l’enterrement –, le morbide s’est imposé naturellement et a donné du sens à l’ensemble du spectacle.

 

Finalement, vous jouez avec plusieurs tabous. Quel message voulez-vous faire passer ?

Dans notre société, la mort, le poil, ou une femme qui se comporte d’une manière peu conventionnelle représentent des tabous. Dans ma vie de femme, c’est difficile de garder des poils sous les bras pour le spectacle. Je n’impose pas de message, ça m’intéressait plutôt d’amener un point de vue sur ces tabous.

 

La femme à barbe, le fakir, la contorsion, le ventriloque : ça ressemble au cirque des fêtes foraines. Vous venez de cet univers ?

Je suis née dans une famille d’artistes plasticiens. Je fais du cirque depuis mes 13 ans. J’ai commencé par une école et puis, au final, je me suis formée sur le tas. Je faisais des spectacles de rue, du cirque, et j’ai cherché ma propre voie. En ce qui concerne l’image de la fête foraine, l’effet est volontaire. Je cherchais une grande proximité avec le public, un peu comme sur un ring. Dans le monde du spectacle, il n’y a pas beaucoup de hasard, il n’y a que des éléments qu’on convoque.

 

Recueilli par

Julie Olagnol

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Cet article fait partie de ceux qui ont constitué le journal du festival franco-allemand des arts de la scène Perspectives, du 13 au 21 juin 2008 à Sarrebruck en Allemagne. Ils ont été réalisés par 7 étudiants et jeunes journalistes. Journal distribué à 400 exemplaires gratuitement, et diffusé sur le blog du festival et sur le site d’une télévision allemande locale.

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