Funérailles guillerettes
Le Théâtre de l’Opprimé, dans le XIIe arrondissement parisien, prend une bouffée d’air avec Hanokh Levin et ses « Funérailles d’hiver ». Une échappée fantaisiste sur le sens de la vie, colorée, bigarrée, pleine d’énergie et de bonne volonté, mais assez peu convaincante.
Popotshenko (un gros benêt) doit épouser Vélvétsia (une blonde bien niaise). Seulement voilà, une grande cousine a eu le mauvais goût de mourir la veille des noces. Un décès qui vient hypothéquer la fête annoncée. Si l’enterrement a lieu, adieu les nombreux invités et les centaines de poulets préparés. S’engage alors une course folle, où les parents des mariés, prêts à tout pour sauver l’évènement de leur vie (rien de moins), entendent bien esquiver la nouvelle. Que ce soit dit : l’oiseau de malheur Latshek, un beau nigaud, peut toujours courir s’il croit pouvoir annoncer officiellement la mort de sa mère !
Le rythme est effréné et la tonalité tragi-comique. Plus comique que tragique d’ailleurs, même si le texte dévoile nos petites mesquineries, nos égoïsmes tranquilles, nos petites cruautés du quotidien. Les costumes bigarrés, le dépouillement du décor réduit à presque rien, tout juste évoqué par quelques atmosphères sonores, sont respectueux de la fantaisie du texte. Cet espace vide laisse en effet une large place à notre imaginaire. Le règlement des entrées et des sorties, les déplacements, la mise en scène plus généralement, suivent avec bonheur la cadence de cette équipée fantastique.
Pourtant, le jeu des comédiens plein de verve mais un peu vert ne convainc pas. Et le ton n’est malheureusement pas toujours juste. C’est fâcheux, d’autant plus que le texte s’autorise toutes les grossièretés et adopte un style bas, qui appelle un jeu nuancé en contrepoint, façon d’élever le vulgaire. Façon, aussi, de muer l’humour gras en humour noir. Faute de quoi, le tragi-comique se résume au comique. Et pas du meilleur.
La poésie de petites scènes, comme ce jeu de claquettes sous de grands parapluies chamarrés repris au cinéma muet (digne d’Émir Kusturica), ainsi que la truculence de cette « farce tragique » plutôt bien troussée, sauvent toutefois en partie le spectacle et nous gardent de l’ennui. Mais nous voilà désormais assurés de la difficulté d’unir épousailles et funérailles pour le meilleur et sans le pire. ¶
Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
Funérailles d’hiver, d’Hanokh Levin
Présenté par l’Atelier Théâtre Gérald-Hubert
Mise en scène : Thierry Devaye
Avec : Laurence Allainmat, Francisco Arbones, Manon Balthazard, Bruno Bouvet, Bernard Colombier, Christiane Devaux, Katérina Floradis, Gaëlle Gicquel, Sophie Mahussier, Nelly Serkisian, Vincent Terrier, Karim Zaouali
Théâtre de l’Opprimé • 78, rue du Charolais • 75012 Paris
Le 22 juin 2008 à 15 h 30 et 20 h 30, le 23 juin à 20 h 30
Réservations : 06 24 56 13 97
Prix des places : 14 € | 11 €
Durée : 1 h 30
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à “Paris-Match”, “les Échos”, “Politis”, “le Magazine littéraire”, “l’Avant-scène Théâtre”…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, “Pariscope”, rubrique « Théâtre »
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, “Rue 89”, blog “Balagan”
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