Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 18:25

L’ombre lumineuse du génie

 

Le centenaire du transfert au Panthéon des cendres de Zola est l’occasion d’une pièce qui nous plonge dans l’intimité du romancier. Bien plus qu’une évocation de l’homme, il s’agit de la découverte de son épouse et de l’importance du lien entre ces deux êtres dans la vigueur d’une œuvre.

 

Intérieur cosy. Sur les murs, le Fifre de Manet et un portait de Cézanne. Un bureau trône, couvert de manuscrits. Tel est l’univers où évoluent deux êtres d’exception : le grand Zola à l’acmé de sa notoriété et son épouse Alexandrine passionnée tant par l’homme que par son combat. Tout se joue dans une pièce… en une nuit, cette nuit du 29 septembre 1902 où le romancier se révèle, comme en un testament inconscient avant une mort bien suspecte provoquée par les émanations d’une cheminée « qui tirait mal ».


Si Joëlle Fossier ressuscite avec talent l’univers zolien, ses amitiés artistiques, ses réseaux politiques, sa critique du monde petit-bourgeois et religieux et l’arrière-fond de son œuvre, des grands magasins parisiens aux luttes ouvrières… Si Michel Papineschi campe avec puissance un Zola en chaussons, à l’apogée de son art, familier de ses personnages, se jouant de la gloire, aux colères invincibles, impliqué dans sa cité au point que « ses nuits soient hantées par le spectre de l’innocent » qu’il a reconnu quatre ans plus tôt dans le capitaine Dreyfus, dans un tonitruant « J’accuse » en une de l’Aurore… L’âme de ce couple, le cœur de cette pièce est sans conteste cette épouse inconnue, qui nous est donnée à voir.



Céline Monsarrat incarne avec brio une Alexandrine Zola tout en nuances, nourrie de la Madame Zola d’Évelyne Bloch-Dano (1998) et de la rencontre que fit Joëlle Fossier de la petite-fille de l’écrivain : derrière la parfaite maîtresse de maison qui reçoit les relations de son mari, elle révèle une personnalité bien moins lisse, vouée par amour à l’homme et par dévotion au romancier. Tantôt frivole se préoccupant de sa toilette, tantôt pasionaria des combats de Zola, tantôt adulatrice de l’homme à qui elle consacre tout, elle se révèle comme le soutien secret d’un monstre de littérature et d’engagement, que rien ne semble pouvoir ébranler. Plus que tout, elle met au jour les contradictions d’un héraut de droiture et de vérité, capable de mener double vie.


Monsarrat déploie un jeu d’une grande justesse, sans s’appesantir dans le drame d’une femme blessée, face à un homme qui assume la pluralité de ses amours, mais avec la gravité d’un attachement qui survit aux pires ébranlements. Au point de se rapprocher, par amour pour son mari, de cette Jeanne Rozerot qui avait donné deux enfants à celui-ci. Au point de devenir – veuve – la dépositaire et la gardienne farouche de l’œuvre de Zola. En cette même nuit, Émile meurt et Mme Zola vient au jour.


Face à elle, Papineschi campe un Zola vigoureux qui confine à la goujaterie, écornant l’image du grand homme. Mais, grâce à Alexandrine, à son exigence, le Zola qu’il incarne révèle enfin la vérité de sa vie, et augure de réorganisations conjugales à venir. Derrière le romancier, l’homme se dévoile avec l’honneur et la droiture nés du regard franc sur les détours de sa vie. 


Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Les Zola, de Joëlle Fossier

Mise en scène : Joëlle Fossier

Avec : Céline Monsarrat, Michel Papineschi

Lumières : Xavier Lazarini

Décors : François Crépin

Costumes : Reine Calichon

Régie : Charles Lambert

Musique : Franz Schubert

Théâtre du Nord-Ouest • 13, rue du Faubourg-Montmartre • 75009 Paris

Réservations : 01 47 70 32 75 ou www.theatredunordouest.com

Les 8, 9, 17 et 23 mai ; les 6, 8, 10, 12 et 14 juin 2008

20 € | 13 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par LES TROIS COUPS - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher